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A State Of War de Poni Hoax

chronique d'album
L'attente a été longue. Cinq ans à fantasmer le successeur d’Images Of Sigrid (2008), chef-d'œuvre flamboyant et autodestructeur du quintette parisien. Après le départ de Tigersushi, on pensait que Columbia allait oser adopter Poni Hoax. Et puis les couilles majeures sont remontées dans leur habitacle hermétique. Il y avait déjà ce titre qui faisait peur aux uns et aiguisait le désir des autres : A State Of War. On avait vu dans l’intervalle le documentaire Drunk In The House Of Lords où le batteur Vincent Taeger et le chanteur Nicolas Ker se foutent sur la gueule. On avait reçu des échos de l'enfance de ce dernier – l'hélico et les bordels, la mémoire trouée du Cambodge. On avait écouté les disques de Paris, Aladdin et Limousine, oublié un maxi autoparodique (We Are The Bankers, 2010), guettant chaque avancée de ces guerriers de l'industrie. Puis la nouvelle est tombée : Poni Hoax signe chez Pan European Recording. Une évidence – les alliés de nos alliés sont nos alliés – autant qu’un défi – jamais le label n'avait eu à promouvoir un disque aussi délibérément pop. Bien que chauffé à blanc par Life In A New Motion et sa mélodie belle à chialer, on est d'abord assailli par le doute en découvrant l'œuvre entière.

Trop classique, trop polie, trop Bowie, trop… sage ? On se tient prêt à reconnaître qu'on a placé la barre trop haut, à la Bubka, là où plus personne ne passe. Mais on écoute, on réécoute, on fait écouter, on le passe en fond, même à table. Les jours passent et il faut se rendre à l'évidence : on est accro à nouveau. Pas à cette drogue dure qu'était Images Of Sigrid, quand les nuits parisiennes nous poussaient tous au fond du gouffre, mais à celle, plus lumineuse et accueillante, que Laurent Bardainne et les siens ont finalement eu le culot d'imaginer. Réduisant leur palette d'influences à une trilogie grande classe – David Bowie donc (le single Down On Serpent Street, Young Americans, le transformisme vocal de Ker), Depeche Mode (Winter Seal et Summer Falls, pas les meilleurs) et les Stones de l'âge d'or (Leaving Home Again, qui pompe à la fois le riff de Child Of The Moon et la conga de Sympathy For The Devil) – pour en faire quelque chose de neuf, limpide et désarmant (les parfaits Cities Of The Red Dust, There's Nothing Left For You Here, Blood & Soda, Marida et The Word). C'est ainsi que la mélancolie new-wave, l'héroïsme disco et la tristesse rock combattent à nouveau main dans la main, soldats d'une guerre qui est toujours à faire.



MAGIC RPM  #171

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