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Non, nous ne nous sommes pas trompés : ce début d'année 97 voit l'arrivée simultanée de deux Polar. Celui dont il sera question ici nous vient de Suisse, un pays qui, vu de France, nous paraissait sans histoire. Une économie florissante, des hommes et femmes en harmonie avec la nature dans des villes à taille encore humaine, une neutralité qui ôte toute prise et surprise à l'échelle internationale, etc.... Oh bien sûr, les images insoutenables de ces drogués laissés à eux-mêmes en plein coeur de Zurich détonne dans la vision que l'on se fait de nos voisins mais elles avaient jusqu'alors le mérite de légitimer le chaos sonore d'un Young Gods. Autant vous dire que la notion même d'artiste et torturé qui plus est - n'est pas de celle qui s'impose d'elle-même. Surtout depuis qu'il nous a été donné de démasquer l'imposteur Jean Bart, ce poseur insupportable tout juste bon à faire le clown dans son abri antiatomique. En clair, lorsque l'on est Suisse et que l'on chante le désespoir comme Polar sur son premier album, il faut et du talent, et de la matière. Du talent, Eric Linder, 22 ans, n'en manque assurément pas. Il n'hésite d'ailleurs pas à s'offrir presque nu, accompagnant son chant à la limite de la rupture d'une seule guitare acoustique. Lorsqu'il convie un bassiste et quelques percussions - Broken Man, Pain - à partager son ordinaire dépouillé et aride - ou, sur My Best Friend - un harmonica à bout de souffle, un orgue souffreteux sur Love Me, Kill Me, c'est pour surseoir à la déficience de la voix ou pour palier l'absence des mots. Des mots qui chantent la solitude - I've Lost My Friends, My Own Private Xmas Song, Forgive Me - ou les pulsions - Could I Be A Killer, Murderer. D'une beauté triste et maladive, Polar 1 trouvera une place idéale entre les albums de Palace et ceux d'un Swell fatigué.
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