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Sans avoir jamais croisé personnellement la route de Stéphane Garry, alias Pokett, on avait cru découvrir suffisamment de références communes sur son premier album de folk pop (Crumble, 2004) pour concevoir à son égard une certaine estime mêlée de sympathie. Rien, en tout cas, qui laisse augurer de la surprise et de l’enthousiasme ressentis à l’écoute de ce successeur qui, comme l’affirme sans le moindre excès de prétention son titre, pose d’ores et déjà son auteur sur les plus hauts des sommets. Gravissant sans peine apparente les escarpements musicaux les plus périlleux, Garry atteint bien vite les cimes arides et enneigées autrefois tutoyées par Mark Kozelek.

À de nombreuses reprises, des mélodies en apesanteur, une voix où s’entremêlent mélancolie et détachement évoquent immanquablement les Red House Painters rayonnants du début des années 90. Mais il serait injuste et réducteur de cantonner l’homme à son seul statut de disciple. S’écartant régulièrement des pistes d’escalade déjà balisées, il sait aussi se montrer moins spartiate que Kozelek, moins impitoyable avec son auditoire, n’hésitant pas à enrichir le propos de variations inattendues (les cordes onctueuses de l’introductif Party Crasher). De la délicatesse de Follow et ses faux airs de Simon & Garfunkel à l’exubérance électrique de If You Ever (Change Your Mind Just Let Me Know), les neuf titres s’enchaînent avec harmonie sans jamais dévaler dans les précipices. Cette fois-ci, c’est dans la poche.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #115

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