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Où comment après de longues années d'atermoiements et de rendez-vous manqués, la pop française renaît de ses cendres. 1980, l'époque est au frenchy but chic. “Nous sommes français et bien habillés” est la première déclaration d'importance signée par les jeunes coqs de l'Hexagone. Minets növö et petits punks portent la mèche rebelle et le look qu'il faut, la musique, elle, se traîne loin derrière… 1990, l'époque est à la french touch. “Nous sommes français et nous savons danser” devient le leitmotiv façon méthode Coué des jeunes coqs de l'Hexagone. Dj's, beautiful people et arnaqueurs techno portent les tee-shirts et les baskets à la mode, la musique, elle, ne se traîne plus, c'est déjà ça, mais elle est devenue aphone. Année 2000, d'autres jeunes coqs baptisés Phoenix jettent un regard las sur ce passé trouble et décident d'en faire table rase. Les motivations s'inversent : on se fringue n'importe comment et on ne pense qu'à la musique. Leur premier album United le proclame : “Nous sommes français et nos chansons pop vont semer la panique chez les Anglo-Saxons”, ce qui est vrai. Du coup, Phoenix vient de venger vingt ans de complexes d'infériorité franco-français, il fallait le faire. D'où vient ce miracle ? Peut-être d'une absence totale de complexes justement, comme par exemple de (très bien) chanter en anglais dans le texte. Cela n'a l'air de rien à l'heure de l'Eurostar, mais rappelons que la défaite du rock en France fut surtout liée à un problème vocal. Qu'importe, avec une voix pareille, Phoenix peut tout se permettre, comme d'opérer un très vaste cambriolage au musée de la pop éternelle, un casse déjà tenté par les faux frères d'Air sauf que ces derniers n'ont vidé que la salle des expos temporaires. Moins élitiste, Phoenix propose surtout un cours de rattrapage pour la jeune génération, un disque ciblé “jeune” et qui raconte donc en quarante minutes l'histoire de la pop moderne. Un authentique exploit au vu de la moyenne d'âge des Phoenix qui ne dépasse pas vingt-cinq ans.
Hervé Crespy
MAGIC RPM  #42
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