En kiosque actuellement Commander

A lire

On vous l’a peut-être déjà racontée : c’est l’histoire d’un batteur affuté qui tient la baraque dans le groupe de rock le plus respecté de l’époque, un type probablement pas dans le besoin qui s’offre une récréation en publiant un disque de folk en bois et en nylon. Et tout le monde est ébahi, parce que, quand même, du bois et du nylon quand on est un cinquième de Radiohead, c’est osé. Sauf que cette histoire est en partie fausse. Oubliez la promenade de santé folk d’une star de la baguette qui claque en douceur, Familial mérite un peu mieux. Le premier album de Philip Selway joue avec une sensibilité supérieure entre l’émotion de chansons aux mélodies simples et aériennes et la sophistication d’arrangements discrets mais rudement fortiches.

Conduites par une voix douce et un jeu de guitare acoustique limpide qui évoque volontiers Nick Drake, les chansons de Familial révèlent progressivement leurs secrets et leur personnalité : une rythmique légèrement déséquilibrée et des chœurs féminins sur By Some Miracle et Beyond Reason (qui évoque un inédit apaisé en provenance de la maison mère), une contrebasse et des percussions en liberté sur The Ties That Bind Us, des cordes compressées sur Falling ou un clavier céleste et des bruitages étranges sur la sublime Patron Saint, pièce de choix d’un disque faussement modeste mais réellement réussi, qui permet au passage de mesurer ce qu’apporte le batteur chauve à son groupe et à quel point lui et ses collègues sont mus par un même dessein : réconcilier la générosité du format pop et la modernité d’arrangements exigeants, fût-elle discrètement logée entre deux cordes en nylon.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #145

Les 20 derniers articles ( Chronique d'album )