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Cement Postcard With Owl Colours de Phantom Buffalo

chronique d'album
Du drame de n’avoir rien d’autre à vendre que sa musique, aussi somptueuse soit-elle. Pas d’histoire(s) à refourguer à la presse, pas de buzz à faire enfler sur l’Internet, pas de gueules d’anges benoîtement relookées par un créateur en slim. Même l’origine de Phantom Buffalo ne tient aucune promesse : le quatuor est originaire de Portland. Mais pas la capitale de l’Oregon, plutôt la grande ville du Maine (juste en face, sur la côte Est). Pourtant, en secret, Phantom Buffalo est l’un des meilleurs groupes américains du monde, un fleuron de la pop psychédélique moderne. Depuis qu’on les a découverts avec leur premier album, l’étrangement nommé Shishimumu (2005), le quintette a publié un deuxième essai passé sous silence (Take To The Trees, 2008) et porté un soin quasi maniaque à sa non évolution. On retrouve les chansons de Phantom Buffalo telles qu’on les a laissées : lancinantes, belles, mystérieuses. Dans le creuset d’une écriture fantastique, sont fondus guitares, claviers, batterie et chant diaphane.



L’alliage dense ainsi fabriqué est coulé dans des moules de formes et de tailles variables : des morceaux longs et hypnotiques qui font battre le cœur intensément (Greenstar Botanical Airways), des chansons à la patine plus pop (Atleesta), d’autres encore qui déchirent des guitares comme des feuilles de papier, les roulent en boules avant de les jeter dans l’escalier (Bad Disease, qui rebondit sur une rythmique bardée d’harmonies vocales). Comme les Byrds en 1967, Ray Bradbury’s Bones semble plus jeune qu’hier quand Radio Signal enchante par sa dynamique et sa candeur. On pourrait citer ainsi les bienfaits de toutes les chansons de Cement Postcard With Owl Colours, dont chaque seconde témoigne d’une inspiration et d’un talent supérieurs. Il est plus que temps de lever le secret sur ce groupe immense.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #147

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