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La
première fêlure d’une vie s’accompagne souvent d’une chanson.
Pour ma part, elle eut lieu au début des années 90, et le morceau
Philadelphia
de Neil Young – écrit pour le film éponyme de Jonathan Demme
(Philadelphia,
1993) – en fut la bande-son larmoyante. Un piano réverbéré et la
voix frêle et haut-perchée du Loner pour seul signe distinctif
d’une élégie qui marqua à coup sûr une palanquée d’artistes
jouant sur la corde sensible. C’est avec cette même grâce de
l’épure que les chansons de Mike Hadreas sont entrées dans nos
vies, par l’intermédiaire de Learning
(2010), l’album inaugural de Perfume Genius. Un an et demi plus
tard, qu’en est-il de l’œuvre intimiste de ce jeune songwriter
originaire de Seattle ? Si la pochette de Learning
montrait Mike Hadreas en éphèbe esseulé, torse nu et visage
recouvert par un collage baveux, celle de Put
Your Back N 2 It
indique quelques changements dans la continuité. La face à moitié
dévoilée, l’Américain a trouvé de la compagnie : d’abord,
un alter ego – sans doute son petit ami, qui l’accompagne sur
scène –, puis une poignée d’autres jeunes hommes tout aussi
dénudés. Une imagerie certes toujours brouillonne et arty, mais qui
en dit long sur la prise de recul effectuée. Comme le titre du
disque l’exprime gaiement, c’est armé d’une plus grande
assurance que Mike Hadreas emprunte cette deuxième marche vers le
salut artistique.
D’ailleurs, sa musique s’en ressent à plus d’un titre : son écriture est encore plus efficace dans le raffinement économe, sa voix est plus sûre et un soupçon moins chevrotante (il ose d’ailleurs monter dans les aigus sur le somptueux Take Me Home), l’instrumentation est plus riche avec une batterie bourdonnante par-ci, des notes de guitare caressantes par-là, et une production davantage luxuriante. Sur l’introductif Awol Marine, All Waters et Floating Spit, les nappes vaporeuses viennent entrecouper ce chant intérieur et lui offrir une nouvelle dimension atmosphérique, en évoquant aussi bien les ambiances délétères d’Angelo Badalamenti que celles de This Mortal Coil . Le dépouillement sentimental est toujours de mise et l’on devine aisément derrière les trébuchements de ce mince filet de voix le chemin de croix parcouru et les tourments d’un songwriter lacéré par de sombres maux : l’addiction au porno (Awol Marine), la prostitution (Take Me Home) ou encore le suicide (17). Mais parce qu’il trouve toujours les mots justes, parce qu’il sait jouer comme personne avec la troublante frontière entre fiction et autobiographie et, surtout, parce qu’il parvient à transcender sa torpeur intime à l’aide d’un langage universel, Mike Hadreas évite avec beaucoup d’élégance la caricature puérile d’un certain romantisme tourmenté. Ainsi, le temps de quelques élans rédempteurs (les tubes potentiels Dark Parts et Hood), on ne peut s’empêcher de penser au glorieux aîné Elliott Smith et à cette manière si particulière, presque sacrée, d’enfanter des chansons angéliques à partir de l’expérience la plus misérable. En s’extirpant de la chambre de son auteur, la musique chagrine de Perfume Genius trouve un nouvel écho et s’improvise plate-forme d’accueil pour inadaptés du cœur.
D’ailleurs, sa musique s’en ressent à plus d’un titre : son écriture est encore plus efficace dans le raffinement économe, sa voix est plus sûre et un soupçon moins chevrotante (il ose d’ailleurs monter dans les aigus sur le somptueux Take Me Home), l’instrumentation est plus riche avec une batterie bourdonnante par-ci, des notes de guitare caressantes par-là, et une production davantage luxuriante. Sur l’introductif Awol Marine, All Waters et Floating Spit, les nappes vaporeuses viennent entrecouper ce chant intérieur et lui offrir une nouvelle dimension atmosphérique, en évoquant aussi bien les ambiances délétères d’Angelo Badalamenti que celles de This Mortal Coil . Le dépouillement sentimental est toujours de mise et l’on devine aisément derrière les trébuchements de ce mince filet de voix le chemin de croix parcouru et les tourments d’un songwriter lacéré par de sombres maux : l’addiction au porno (Awol Marine), la prostitution (Take Me Home) ou encore le suicide (17). Mais parce qu’il trouve toujours les mots justes, parce qu’il sait jouer comme personne avec la troublante frontière entre fiction et autobiographie et, surtout, parce qu’il parvient à transcender sa torpeur intime à l’aide d’un langage universel, Mike Hadreas évite avec beaucoup d’élégance la caricature puérile d’un certain romantisme tourmenté. Ainsi, le temps de quelques élans rédempteurs (les tubes potentiels Dark Parts et Hood), on ne peut s’empêcher de penser au glorieux aîné Elliott Smith et à cette manière si particulière, presque sacrée, d’enfanter des chansons angéliques à partir de l’expérience la plus misérable. En s’extirpant de la chambre de son auteur, la musique chagrine de Perfume Genius trouve un nouvel écho et s’improvise plate-forme d’accueil pour inadaptés du cœur.
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