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On imagine les visages déconfits des disquaires, qui persistent à classer la musique par genre, à l'arrivée d'un nouvel album de Pascal Comelade : dans quelle cage parquer cet oiseau rare ? Bande originale pour films en Super 8 jamais tournés ? Musique exotique pour escalier en colimaçon ? Post-rock catalan d'avant l'invention du rock ? De toute évidence, l'ordre alphabétique, qui le place entre Captain Beefheart et The Cramps, demeure le meilleur moyen de rendre justice à celui qui se joue des catégories et des modes musicales comme de son premier toy piano.

Amoureux des airs à deux bals et des chapiteaux de cirque, toujours accompagné de sa bande d'illusionnistes (vous entendez un saxophone free et c'est d'un ballon qu’il s'agit), ce tendre voyou cultivé recycle les airs de sa jeunesse à la façon des Cramps, dont il honore ici la mémoire du défunt chanteur (The Return Of Lux Interior The Magician Et puisqu'un bon titre vaut mieux qu'un long discours, The Beat Don't Make The Monk rappelle aux apprentis pianistes qui, sous prétexte de le célébrer, massacrent l'œuvre de Thelonius Monk à longueur de tempo, que l'habit ne fait définitivement pas le moine – la sempiternelle formule “tout casser pour mieux reconstruire” ne s’appliquant qu’aux rares génies de la musique, tel Pascal Comelade.

Entre valse dada, sardane (danse traditionnelle catalane) ivre et reprise hilare (Ramblin’ Rose du MC5), ce dernier se livre à un nouveau combat sans merci avec ses jouets inaccordables, qui s’exposent dans les musées. Bien vivante, la musique “polyfacétique” de l’homme aux rouflaquettes attendra encore quelques années avant d’être ainsi… rangée.
Renaud Paulik
MAGIC RPM  #136

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