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You Can Count On Me/Alsatian Darn (Single) de Panda Bear

chronique d'album
Sur le fragile dessin de la pochette, un colosse porte son enfant sur ses épaules. De dos, ils regardent un horizon aussi brumeux que ce que l’annonce de ce second single laissait entrevoir. Par le biais des multiples concerts, on pouvait envisager le meilleur (You Can Count On Me), comme le pire (Alsatian Darn, dont les versions live s’avéraient assez pénibles – grossière erreur !). En juillet, Tomboy avait martelé nos tympans de ses penchants martiaux. Conquis, on ne pouvait que l’être, dans tous les sens du terme, par la radicalité et l’aridité de deux titres aussi amples qu’épiques. Et à l’instar des grands conquérants, Noah Lennox profite du terreau de nos pavillons ratiboisés pour y semer son œuvre future, nouvelle, fertile et régénératrice. Alexandre battit Alexandrie, Panda pondit You Can Count On Me .



Familier du processus, Panda Bear est ici à la recherche d’une certaine abstraction pop que seul Arthur Russell a déjà pu atteindre. Sur Young Prayer (2004), il démembrait les mélodies en les modulant sans fin. Sur Tomboy, il les réduisait à l’essentiel en les répétant en boucles courtes, de façon lancinante. You Can Count On Me conserve cette affinité pour la répétition quasi-hypnotique. Là encore, la rythmique est spacieuse, mais la menace qui sourdait de Tomboy est subtilement atténuée au profit d’un ton plus rassurant : clamant à pleins poumons la promesse d’un soutien certain, il suggère que la sécheresse n’est plus de mise. Au loin résonnent, noyés sous les effets, de tendres arpèges qui chaperonnent les saccades rythmiques. La crudité des guitares s’est presque évaporée, et lorsque de nouveau les accords retentissent sur la face B Alsatian Darn, ils sont toujours écrus mais doux. Les batteries ne tambourinent plus, elles cadencent sans heurts. Et quand la voix s’élève, quand il lance le refrain en haussant délicatement le ton, le miracle surgit. Tout s’éclaire, nos poitrines se serrent. Oubliant les promesses de minimalisme pour ne se consacrer qu’à la seule beauté, Noah spiritualise une petite mélodie à l’écho adorable, et l’on s’incline en larmes. Le plus beau du Panda est dans le coton ; Alsatian Darn, la douceur faite musique, est donc son plus beau morceau.


Victor Thimonier

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