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"Les rythmiques sont basiques, simples et brutes de décoffrage. Ce n'est pas une instrumentation live, je joue de la guitare mais je l'utilise comme si c'était une machine. C'est un son très électronique avec un chant vraiment mis en avant. Une combinaison modeste : rythmes, guitare et chant. Il n'y a que deux ou trois éléments par chanson." Voilà ce que confiait Panda Bear en novembre dernier à propos de son nouvel album Tomboy. Nous ne pouvions alors que fantasmer sur les merveilles à venir. Parce qu'après avoir déjà révolutionné une certaine approche de la pop via le troisième essai Person Pitch et ses samples emmêlés, Noah Lennox anticipait alors une réelle évolution, à la fois archaïque et organique. C'était pour le moins audacieux, mais le premier single tant attendu est à la hauteur de toutes les espérances. À peine arrivé, aussi vite épuisé dans les stocks de Paw Tracks que devenu inestimable dans notre imaginaire.
La description qu'en avait fait le chantre d'Animal Collective était précise : le son est définitivement cru et les voix renforcées, à l'image de ce que nous avions pu entendre lors de ses récents concerts. Ascète, il s'est cantonné à des structures élémentaires : lignes de chant épurées au maximum, évolution minimum et quelques boucles d'accord pour sous-tendre le morceau. Tomboy débute par de douteux et lointains bruits de régurgitation, puis la guitare surgit telle une persistance auditive, nimbée d'écho et d'une volée d'effets qui rendent le minimalisme assourdissant, et l'austérité, fascinante. Le ton est effectivement plus dramatique, il est même carrément martial. Quand les vocalises déboulent, un enchaînement d'harmonies dont seul Panda Bear a le secret, c'est l'Empire Romain qui lancine. On ne comprend pas grand chose chose aux paroles, mais le peu que l'on perçoit ne laisse rien présager de très léger ("Take my liiiife"...). La face B Slow Motion décline une musicalité aussi butor, moins épique mais plus hypnotique : la rythmique, ample et ponctuée de claquements de mains, lorgne étrangement vers le ska et rappelle ainsi toute l'admiration de Panda Bear pour The Police.
"Quel est donc son secret ? Ce soir, il ressemble à Bonaparte jeune, à Alexandre le Grand adolescent, à l'Hermès de Praxitèle", écrivait Henri-Pierre Roché à propos de Marcel Duchamp, nébuleuse comète dans l'art moderne des années 1910. Près d'un siècle plus tard, la sentence s'applique parfaitement à Panda Bear : un guide vers une forme inédite et sans cesse renouvelée. Façonnant l'épure, complotant avec l'abstraction là où Person Pitch foisonnait de partout, Noah Lennox se rapproche des grands peintres de la pop, Arthur Russell en tête. S'ils sont du même acabit, les singles à venir et l'album annoncé pour l'automne promettent mille autres merveilles.