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Du flamboyant Bona
Drag (1990) au dispensable Greatest Hits (2008), on ne compte plus
les compilations qui ont émaillé la carrière solitaire de l’auteur de Paint
A Vulgar Picture (qui le voyait déplorer ces nouveaux empaquetages). Cette
ressortie est bien différente. Jusqu’alors, seul Viva Hate (1988) avait
fait l’objet, neuf ans après, d’une réédition avec une nouvelle pochette et des
titres bonus. L’ex-Smiths se pique aujourd’hui de publier une version
réactualisée du méconnu Southpaw Grammar (1995). Retour au mitan des années 90, donc. Les couleurs
retrouvées de la pop anglaise claquent fièrement au vent. Morrissey ne se drape
plus dans l’Union Jack, et des plus jeunes affichent crânement leur englishness.
Parrain contraint de cette nouvelle scène, Morrissey s’enfuit aux studios Miraval, sis en Provence, pour imaginer le successeur de l’acclamé Vauxhall & I (1994). Mais c’est au cours d’un printemps londonien que sera enregistré, sous la houlette de Steve Lillywhite, Southpaw Grammar. Un album insulaire qui renoue, selon son auteur, avec la violence, et un pas de côté qui délaisse les ambiances vaporeuses de son prédécesseur. Sociale, amoureuse ou amicale, cette agressivité est un thème de prédilection du Mancunien. Citons Meat is Murder (1985). Les skinheads qui erraient dans la vidéo de Our Franck. Le rockab’ sec et glam irradiant Your Arsenal (1992). Le single Boxers. Et les clichés d’un Morrissey tuméfié accompagnant le vinyle de cette œuvre. Qui est moins violente que brute. Et ne se laisse pas approcher. Une vraie forteresse. Où batifolent des chansons médiocres à la première écoute, vicieuses à la seconde, emmurées par deux remparts d’une dizaine de minutes. Le tout défendu par un cliché sépia du boxeur Kenny Lane et le logo RCA canal historique, celui d’Elvis et de Lou Reed.
Une œuvre conceptuelle ? Non, cette réédition le prouve. Outre une lumineuse photographie signée Linder Sterling (chanteuse de Ludus et amie très proche du Moz), la typographie renvoie à Changes One Bowie (1976), collection de singles du Caméléon. Et c’est ainsi qu’il faut prendre Southpaw Grammar. D’autant que le changement de tracklisting et l’ajout de quatre titres inédits explosent le blockhaus initial pour mieux nous laisser y pénétrer. Pour les nouveautés, on passera rapidement sur Nobody Loves Us, face B de Dagenham Dave, qui clôt désormais le disque. En revanche, Honey You Know Where To Find Me et You Should Have Been Nice To Me constituaient jusqu’à présent le Saint-Graal des fans du Moz, qui devaient se contenter de versions inachevées des sessions de Miraval. Agréables (re)découvertes, mais c’est surtout Fantastic Bird, jolie fusée glam rock rescapée des sessions de Your Arsenal qui change la couleur de l’album et transforme ce modèle de déconstruction noisy en chouette promenade dans l’East London.
En effet, les deux titres les plus bruitistes ne sont plus le fondement du disque. Mais contiennent l’essence de son écriture. Ainsi, The Teachers Are Afraid Of The Pupils, critique sociale acerbe et à la limite de la réaction, nuance le propos de The Headmaster Ritual. Morrissey se transforme en mouche du coche sur l’épaule du prof dépassé et annonce les dérives autoritaristes façon Brighelli. C’est aussi un grand écart entre la grande musique (le sample de la cinquième symphonie de Chostakovitch) et la pop selon les charts, tant ce disque regorge de textes à peine écrits, comme jetés au visage de l’auditeur. La chanson Southpaw explore encore et toujours le thème de la solitude. Southpaw, c’est aussi la fausse patte du boxeur, une garde de gaucher utilisée par les droitiers pour tromper l’adversaire. La faiblesse supposée s’avère étudiée, et Dagenham Dave en est l’exemple parfait : au-delà d’une phrase répétée en boucle, elle renvoie au titre éponyme de The Stranglers à propos d’un working-class hero lettré et violent avalé par la Tamise.
Ici, Dave est réduit à l’état de brave type soignant sa voiture (quand The Boy Racer, en ouverture, se moque des amateurs de tuning). Surtout, on y entend ces mots : “I could say more, but you get the general idea”. Morrissey s’efface, laisse le monde parler à sa place (le solo de batterie ouvrant The Operation) et signe une belle confession avec Reader Meets Author : issu de la classe ouvrière mais nanti depuis longtemps, Mozzer moque la fascination des couches supérieurs pour la culture populaire. Une belle (auto ?) critique qui scelle un disque testamentaire. Morrissey a trente-six ans, et ne s’imagine pas faire de vieux os dans le monde de la pop. D’où, peut-être, cette œuvre qui fait le tour de ses obsessions mais rompt avec ce que l’on connaissait musicalement de lui. Près de quinze ans plus tard, l’homme à la houpette rôde toujours. Ce disque d’adieu n’a pas joué son rôle, et son auteur se décide donc à le transformer en simple florilège de pop songs. Cette réédition était-elle nécessaire ? On ne saurait que trop conseiller l’originale. Mais à l’heure où paraitront ces lignes, les aficionados auront déjà acheté cette nouvelle version.
Parrain contraint de cette nouvelle scène, Morrissey s’enfuit aux studios Miraval, sis en Provence, pour imaginer le successeur de l’acclamé Vauxhall & I (1994). Mais c’est au cours d’un printemps londonien que sera enregistré, sous la houlette de Steve Lillywhite, Southpaw Grammar. Un album insulaire qui renoue, selon son auteur, avec la violence, et un pas de côté qui délaisse les ambiances vaporeuses de son prédécesseur. Sociale, amoureuse ou amicale, cette agressivité est un thème de prédilection du Mancunien. Citons Meat is Murder (1985). Les skinheads qui erraient dans la vidéo de Our Franck. Le rockab’ sec et glam irradiant Your Arsenal (1992). Le single Boxers. Et les clichés d’un Morrissey tuméfié accompagnant le vinyle de cette œuvre. Qui est moins violente que brute. Et ne se laisse pas approcher. Une vraie forteresse. Où batifolent des chansons médiocres à la première écoute, vicieuses à la seconde, emmurées par deux remparts d’une dizaine de minutes. Le tout défendu par un cliché sépia du boxeur Kenny Lane et le logo RCA canal historique, celui d’Elvis et de Lou Reed.
Une œuvre conceptuelle ? Non, cette réédition le prouve. Outre une lumineuse photographie signée Linder Sterling (chanteuse de Ludus et amie très proche du Moz), la typographie renvoie à Changes One Bowie (1976), collection de singles du Caméléon. Et c’est ainsi qu’il faut prendre Southpaw Grammar. D’autant que le changement de tracklisting et l’ajout de quatre titres inédits explosent le blockhaus initial pour mieux nous laisser y pénétrer. Pour les nouveautés, on passera rapidement sur Nobody Loves Us, face B de Dagenham Dave, qui clôt désormais le disque. En revanche, Honey You Know Where To Find Me et You Should Have Been Nice To Me constituaient jusqu’à présent le Saint-Graal des fans du Moz, qui devaient se contenter de versions inachevées des sessions de Miraval. Agréables (re)découvertes, mais c’est surtout Fantastic Bird, jolie fusée glam rock rescapée des sessions de Your Arsenal qui change la couleur de l’album et transforme ce modèle de déconstruction noisy en chouette promenade dans l’East London.
En effet, les deux titres les plus bruitistes ne sont plus le fondement du disque. Mais contiennent l’essence de son écriture. Ainsi, The Teachers Are Afraid Of The Pupils, critique sociale acerbe et à la limite de la réaction, nuance le propos de The Headmaster Ritual. Morrissey se transforme en mouche du coche sur l’épaule du prof dépassé et annonce les dérives autoritaristes façon Brighelli. C’est aussi un grand écart entre la grande musique (le sample de la cinquième symphonie de Chostakovitch) et la pop selon les charts, tant ce disque regorge de textes à peine écrits, comme jetés au visage de l’auditeur. La chanson Southpaw explore encore et toujours le thème de la solitude. Southpaw, c’est aussi la fausse patte du boxeur, une garde de gaucher utilisée par les droitiers pour tromper l’adversaire. La faiblesse supposée s’avère étudiée, et Dagenham Dave en est l’exemple parfait : au-delà d’une phrase répétée en boucle, elle renvoie au titre éponyme de The Stranglers à propos d’un working-class hero lettré et violent avalé par la Tamise.
Ici, Dave est réduit à l’état de brave type soignant sa voiture (quand The Boy Racer, en ouverture, se moque des amateurs de tuning). Surtout, on y entend ces mots : “I could say more, but you get the general idea”. Morrissey s’efface, laisse le monde parler à sa place (le solo de batterie ouvrant The Operation) et signe une belle confession avec Reader Meets Author : issu de la classe ouvrière mais nanti depuis longtemps, Mozzer moque la fascination des couches supérieurs pour la culture populaire. Une belle (auto ?) critique qui scelle un disque testamentaire. Morrissey a trente-six ans, et ne s’imagine pas faire de vieux os dans le monde de la pop. D’où, peut-être, cette œuvre qui fait le tour de ses obsessions mais rompt avec ce que l’on connaissait musicalement de lui. Près de quinze ans plus tard, l’homme à la houpette rôde toujours. Ce disque d’adieu n’a pas joué son rôle, et son auteur se décide donc à le transformer en simple florilège de pop songs. Cette réédition était-elle nécessaire ? On ne saurait que trop conseiller l’originale. Mais à l’heure où paraitront ces lignes, les aficionados auront déjà acheté cette nouvelle version.
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