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Pire encore que le "nul n'est prophète en son pays", il est un autre proverbe qui se rappelle régulièrement à notre mauvais souvenir : "Selon que vous serez puissant ou misérable...". Le nom adopté par le Grenoblois Benoit Bollini prend alors une autre signification qu'un hommage bon enfant à la secrétaire de James Bond, revêche dans la plupart des premières aventures de l'agent OO7 pourmieux prendre les délicieux traits de Barbara Bouchet dans Casino Royale. Heureusement, ce premier album prouve que, commedans les meilleurs contes de fée, un provincial bon teint peut en remontrer à beaucoup de valeurs établies du milieu parisien. Ce n'estpas la première fois qu'un phénomène éclot loin du périphérique (Supermalprodelica, Rinôçérôse), mais c'est toujours aussi réjouissant. Pourtant, s'appesantir sur les origines géographiques d'un tel disque participe à ce que d'autres ont, bien avant nous et dansd'autres circonstances, qualifié de "mal français". Sans revenir sur l'anthologique "cas" Garnier, pionnier de cette décennie demusique électronique française et déjà énormément apprécié outre-Manche avant de recueillir un soupçon d'intérêt en nos contrées,citons comme dernier exemple en date Air. Le duo versaillais a encore contribué à faire reculer le scepticisme et la raillerie étrangèresd'ordinaire réservé aux productions des "froggies" et mérite, ne serait-ce que pour cela, le Respect. L'histoire semble devoir se répéter avec The Money Penny Project. Tout d'abord, c'est le quatrième Ballistic Brothers Dave Hill (pas vraiment un homme de mauvais goût) qui craque il y a plus d'un an après le premier maxi de notre homme, licencie un de ses morceaux sur son label Nuphonicet le ressort agrémenté de deux remixes d'Andy Weatherall. Puis, c'est au tour de James Lavelle, bluffé par ce talent naissant, de luidemander un remix d'un Clubbed To Death Part 2 qui ne verra malheureusement pas le jour. Heureusement, la sortie de son premieralbum est, elle, bien réelle, et marie avec bonheur les cinq titres déjà parus en maxi à autant de nouveaux morceaux. Une occasion de(re)découvrir Easy Experiment et son sample de guitare d'Heroin du Velvet Underground, drapé dans des breakbeats soyeux, Clarisse Cou Le Cauchemar De James, downtempos élégiaques aux envolées de cordes irrésistibles, ou bien encore Le Cercle De Minuit à coupsûr inspiré des arrangements de Bernard Hermann pour accompagner Psychose. Le talent du jeune homme éclate au grand jour àl'écoute de Projection Privée, bel exercice de cinématique avec une rythmique easy-funky enfiévrée en diable sur fond de dialoguesclassés X de film Z qui mettent les chromosomes Y en émoi. The Robot et French Is Beautiful redonnent enfin leurs lettres de noblessesensuelles et chatoyantes au terme de trip hop, loin des sombres pérégrinations d'une new wave relookée, et savent surtout exploiter unvocoder dans un registre épuré de toute mièvrerie virginale ou infantilisme navrant. Il se fend même avec AFX d'un hommage drolatique et réussi à Richard D. James d'Aphex Twin, en utilisant un sample vocal faisant écho à son Come To Daddy démoniaque. Avec unrésultat aussi vif et fluide que soutenu et maîtrisé, cette Miss Money Penny tient en respect beaucoup de messieurs (Neveu, Quark,Chance, etc...) et il est donc grand temps de lui accorder un intérêt à la hauteur de son talent, et ce avant que le "feedback" nousrevienne une fois de plus de l'étranger... Il se passe décidément beaucoup de choses loin de la hype (con)centralisatrice parisienne.
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