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Snowflake/Midnight de Mercury Rev

chronique d'album
Dans la série Nous Nous Sommes Tant Aimé, examinons le cas Mercury Rev. De ses tonitruants débuts (Yerself Is Steam, 1991) aux belles chansons pastorales du terrien Deserter’s Songs (1998), en passant par ce chef-d’œuvre méconnu et oublié qu’est toujours See You On The Other Side (1995), nous fûmes fous amoureux de ce groupe, de ses albums, et de ses concerts. Tout a commencé à mal tourner lorsque nous surprîmes Jonathan Donahue à MIMER ses chansons (le ridicule ne tue pas).

Puis il y eut All Is Dream (2001) et The Secret Migration (2005), deux disques boursouflés et indigestes, mais pas impardonnables. Avec Snowflake/Midnight, Mercury Rev a touché le fond. C’est clair et probablement définitif. Les hommes des Catskills ont fait appel aux machines pour pallier une inspiration déficiente soit, mais le résultat est du plus haut comique. Un comique involontaire tant le groupe semble se prendre définitivement au sérieux.

Alors oui, on peut se poser la question de savoir si cette catastrophe humanitaire n’est pas une gigantesque galéjade. Qui – les frères Ween ? Franck Dubosc ? Francis Lalanne ? – se cache derrière le nouveau Mercury Rev ? Comment cette formation, qui naguère se fit proprement expulser du Lolapalooza pour excès de volume sonore et qui pouvait dérouter et enchanter en permanence avec un psychédélisme malsain et tordu, tout en tutoyant les cimes sans jamais verser dans le lyrisme à deux euros, peut-elle proposer cet honteux pataquès transpirant la suffisance et la vieille chaussette de cantonnier franc-comtois ?

À l’écoute de cette daube indigne, on comprend mieux pourquoi on nous répète sans cesse que la drogue, c’est mal. Au niveau des paroles, on touche au sublime (des petits flocons de neige seuls dans ce monde cruel aux majestueux papillons). D’ailleurs, on a rarement entendu autant de conneries au mètre dans une nouveauté récente. Le pire étant que Jonathan Donahue vit complètement le truc, on n’a plus besoin de le voir, on L’ENTEND carrément mimer ses chansons, et ce n’est rien de dire qu’on souffre autant que lui. Gardons le meilleur pour la fin, et c’est presque douloureux de l’écrire tant on y croise encore en de rares occasions quelques miniatures des vestiges d’un passé glorieux, la musique.

Et l’on s’abstiendra de ne point trop détailler pour ne point trop pouffer : samples d’Era, boucles electro sans reliefs, voix féminines dignes d’Enya, rien ne nous est épargné. Déjà en lice pour le titre des cent pires disques de l’histoire du rock américain, Snowflake/Midnight est un ratage complet, un naufrage, la plus abominable mauvaise nouvelle de cette morne rentrée.
Étienne Greib
MAGIC RPM  #124

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