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Personne Ne Le Fera Pour Nous de Mendelson

chronique d'album

Un des morceaux les plus bouleversants du nouvel album de Mendelson s’intitule La Honte. Et tous les soi-disant directeurs artistiques de France et de Navarre peuvent se la choper gravement, car personne n’a voulu sortir un tel chef-d’œuvre. D’autant que ce disque ne nécessitait pas de pubs télévisées ni de lourds investissements marketing, juste un peu de promotion et une distribution décente dans les rares magasins où quelques-uns ont encore l’inconscience d’aller acheter des disques. Certes, ce double album se mérite, car on n’y entre pas comme dans n’importe quel autre disque, à savoir en flânant comme dans un jardin public (ou alors après la fermeture). Il faut payer de sa personne, donner de son temps, et apprendre à encaisser. D’ailleurs, on ne voulait plus jamais écouter Mendelson à cause d’une sale histoire de cœur qui y restera toujours un peu associée. Mieux que personne, Pascal Bouaziz sait justement dire dans notre langue maternelle ces fissures intimes. Meilleur groupe français au monde depuis trois albums, Mendelson atteint là son apogée, en réussissant à capturer son fantastique potentiel scénique. Alors, il faut aussi féliciter Sylvain Joasson, Pierre-Yves Louis, Charlie O., Jean Michel Pires et Quentin Rollet, artisans dévoués au service de cette émulsion sans équivalent. Pour sa violence rentrée (à l’exception de J’Aime Pas Les Gens et Dans Tes Rêves, deux des chansons les plus sournoisement brutales jamais couchées sur bande), sa gestion du temps et du silence, Mendelson se rapproche de plus en plus dangereusement du fantasme de groupe : le croisement entre le Crazy Horse de Neil Young et le Talk Talk de Mark Hollis. Ces chansons, ici très pop (Personne Ne Le Fera Pour Nous), là s’étirant sur plus de dix minutes (1983 (Barbara)), évoquent la vie des petites gens et l’enfance, comme rarement on l’a entendu depuis Jacques Brel. Enfin, un Brel en panne de pathos qui aurait croisé le fer avec Fred Neil et The Flaming Lips. Sur Le Monde Disparaît, la mesure et la tristesse n’ont jamais paru si belles depuis, au moins, The For Carnation. Groupe impérial dans une époque médiocre, Mendelson reste Seul Au Sommet. Mais vraiment seul, cette fois.

Etienne Greib
MAGIC RPM  #114

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