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Sans coup férir, le stakhanoviste Matthew Dear publie son quatrième album en son nom propre. Il est vrai que le cofondateur du label Ghostly International ne s’arrête jamais, qu’il publie la techno surpuissante d’Audion, ou encore d’autres bombes sous diverses identités, les remixes d’autres artistes, les DJ sets et les compilations mixées qui s’ensuivent. Si Asa Breed (2007) avait irradié hors de son public habituel, ce nouveau disque est beaucoup moins consensuel et dévoile la part la plus sombre de l’imaginaire du producteur texan, qui prend un malin plaisir à célébrer les bacchanales inattendues de l’électronique déviante et de la musique noire. I Can’t Feel, c’est la bande-son d’une messe terriblement noire, qui suinte le stupre, tandis que You Put A Smell On Me, sous l’influence de feu Screamin’ Jay Hawkins, résonne d’un groove démoniaque, comme une version ralentie de l’EBM de Nitzer Ebb. L’électronicien caméléon pose ses râles de crooner inquiétant sur des rythmes tordus, pour reproduire la danse de côté bizarre du nain de Twin Peaks (1991). Slowdance sonne comme un morceau de Bryan Ferry repris par les Residents, tandis que le bancal et poisseux Soil To Seed, rappelle l’ambiguïté sexuelle du Prince des débuts. Point de salut ici, hormis sur le lyrique Gem, mais la vision cérébrale d’une certaine pop. Là où Jamie Lidell a raté son coup dans les grandes largeurs avec Compass (2010), Matthew Dear interpelle et nos certitudes chavirent sur ce Black City profondément sombre. Noir, c’est noir.

Alexandre Cognard
MAGIC RPM  #144

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