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Matt Elliott appartient à une rarissime catégorie
d'artistes, celle des créateurs éternellement insatisfaits de leur travail,
n'aimant guère s'attarder sur leurs œuvres antérieures et qui, comprenant la
nature éminemment cyclique des choses, savent d'instinct reconnaître le moment
où ils ont fait le tour d'une question. Pendant huit ans sous l'alias de Third
Eye Foundation, d'expérimentations électroniques en explorations aventureuses,
le Bristolien aboutissait à un hybride de drum'n'bass, dont la chaleur,
l'humanité et la charge émotive, tranchait sur les déluges de BPM de ses
collègues de l'époque. Le sublime Little Lost Soul (2000), bouclait la boucle et l'année suivante, La Fondation Du
Troisième Œil était plongée dans un sommeil cataleptique : l'idée de se
retrouver coincé dans le rôle du dernier des Mohicans pour une bande
d'irréductibles, non merci ! Et puis, un tas de chansons se bousculaient déjà
dans sa tête…
Lorsque sort le premier album de Matt Elliott, The Mess We Made (2003) – bien accueilli par la critique, mais boudé par son public –, le Britannique est en plein déménagement, physique et discographique. Conforté par la détermination de Stéphane Grégoire, le patron de l'éclectique label nancéien Ici D'Ailleurs… lui offrant l'hospitalité et, surtout, une liberté artistique inconditionnelle (sans avoir écouté la moindre démo, car “il n'y en avait aucune !”), c'est donc libéré de toute contrainte commerciale que l'électronicien des villes se posait, s'installait à la campagne avec sa dulcinée française et fondait une famille. Un changement de rythme et de décor, allant comme un gant à son envie de se familiariser avec les instruments traditionnels (guitare, flûte à bec, piano), de chanter (“Je n'avais jamais prononcé un mot sur scène auparavant, la première fois fut terrifiante !”) et de laisser – quitte à en être submergé – s'épancher cette âme slave, héritée de ses racines estoniennes. Évidemment, quand on soulève le voile de ces origines-là et que l'on s'intéresse à l'itinéraire de ceux qui sont partis à temps, on est forcément confronté à l'Histoire : la fin d'un XIXe siècle et le début d'un XXe, fertiles en avancées scientifiques et artistiques, où “un peu partout et avec pas mal d'innocence, on rêvait de modes de vie plus équitables, enfin, avant que tout ne s'effondre lamentablement”. On est aussi inévitablement renvoyé au terrible sort de peuples (roms, gitans, bohémiens, yiddishs ou pas), célèbres pour leur joie spontanée et expansive mais pleine de vague à l'âme, dont le seul crime était de vagabonder en musique au gré de rassemblements coutumiers ou de cérémonies religieuses (baptêmes, mariages… et enterrements), où l'on buvait pour oublier et pour se souvenir, en riant, pleurant et chantant, jusqu'à plus soif et n'en plus pouvoir.
Admettez qu'il y a de quoi être hanté, surtout quand on est un musicien dont l'une des principales sources d'inspiration consiste à scruter inlassablement le déplorable spectacle des actualités, venant nous rappeler à coup de similarités troublantes, que notre début de XXIe siècle, pourrait bien également, sonner la fin d'une époque. Drinking Songs(2004),Failing Songs(2006) et Howling Songs (2008), avec en bonus les fort délicates Failed Songs (une très belle collection de berceuses et de ballades pleines de tendresse), récapitulent avec beaucoup de force, cinq ans de vie et de création, de joies et de désespoirs, d'instants de lucidité et d'ivresse, un univers acoustique comparable à nul autre, peuplé de chants de marins, de guitares flamenco et de violons balkaniques, si bien traduit sur le plan pictural par les superlatives illustrations du plasticien russe Vania Zouravlev, alias Uncle Vania (ils sont inséparables depuis dix ans). Poursuivant un chemin atypique, fracturé et plein de chavirements – non sans rappeler celui d'un certain Tom Waits, ne serait-ce que pour les tripes (“J'adorerais faire quelque chose avec lui”) –, Matt Elliott se félicite d'avoir trouvé sur le sol européen un public infiniment plus ouvert qu'il peut l'être chez lui et qui, avant de se prononcer, a toujours la politesse de se donner la peine d'écouter ses Chansons. Un nouveau cycle s'annonce…
Lorsque sort le premier album de Matt Elliott, The Mess We Made (2003) – bien accueilli par la critique, mais boudé par son public –, le Britannique est en plein déménagement, physique et discographique. Conforté par la détermination de Stéphane Grégoire, le patron de l'éclectique label nancéien Ici D'Ailleurs… lui offrant l'hospitalité et, surtout, une liberté artistique inconditionnelle (sans avoir écouté la moindre démo, car “il n'y en avait aucune !”), c'est donc libéré de toute contrainte commerciale que l'électronicien des villes se posait, s'installait à la campagne avec sa dulcinée française et fondait une famille. Un changement de rythme et de décor, allant comme un gant à son envie de se familiariser avec les instruments traditionnels (guitare, flûte à bec, piano), de chanter (“Je n'avais jamais prononcé un mot sur scène auparavant, la première fois fut terrifiante !”) et de laisser – quitte à en être submergé – s'épancher cette âme slave, héritée de ses racines estoniennes. Évidemment, quand on soulève le voile de ces origines-là et que l'on s'intéresse à l'itinéraire de ceux qui sont partis à temps, on est forcément confronté à l'Histoire : la fin d'un XIXe siècle et le début d'un XXe, fertiles en avancées scientifiques et artistiques, où “un peu partout et avec pas mal d'innocence, on rêvait de modes de vie plus équitables, enfin, avant que tout ne s'effondre lamentablement”. On est aussi inévitablement renvoyé au terrible sort de peuples (roms, gitans, bohémiens, yiddishs ou pas), célèbres pour leur joie spontanée et expansive mais pleine de vague à l'âme, dont le seul crime était de vagabonder en musique au gré de rassemblements coutumiers ou de cérémonies religieuses (baptêmes, mariages… et enterrements), où l'on buvait pour oublier et pour se souvenir, en riant, pleurant et chantant, jusqu'à plus soif et n'en plus pouvoir.
Admettez qu'il y a de quoi être hanté, surtout quand on est un musicien dont l'une des principales sources d'inspiration consiste à scruter inlassablement le déplorable spectacle des actualités, venant nous rappeler à coup de similarités troublantes, que notre début de XXIe siècle, pourrait bien également, sonner la fin d'une époque. Drinking Songs(2004),Failing Songs(2006) et Howling Songs (2008), avec en bonus les fort délicates Failed Songs (une très belle collection de berceuses et de ballades pleines de tendresse), récapitulent avec beaucoup de force, cinq ans de vie et de création, de joies et de désespoirs, d'instants de lucidité et d'ivresse, un univers acoustique comparable à nul autre, peuplé de chants de marins, de guitares flamenco et de violons balkaniques, si bien traduit sur le plan pictural par les superlatives illustrations du plasticien russe Vania Zouravlev, alias Uncle Vania (ils sont inséparables depuis dix ans). Poursuivant un chemin atypique, fracturé et plein de chavirements – non sans rappeler celui d'un certain Tom Waits, ne serait-ce que pour les tripes (“J'adorerais faire quelque chose avec lui”) –, Matt Elliott se félicite d'avoir trouvé sur le sol européen un public infiniment plus ouvert qu'il peut l'être chez lui et qui, avant de se prononcer, a toujours la politesse de se donner la peine d'écouter ses Chansons. Un nouveau cycle s'annonce…