Lovvers aime
les petits enfants. Surtout si les chérubins renvoient immédiatement à quelque
pochette mythique. Ainsi,
Think(2008), douze minutes de furie contrôlée en guise de Ep inaugural du
quatuor anglais, était orné d’une adolescente évoquant la jeune fumeuse du
Green Mind (1991) de Dinosaur Jr.
OCD Go Go Go Girls, premier Lp des
excités de Nottingham, arbore un bébé barbotant qui n’est pas sans rappeler le
nourrisson assoiffé de
Bakesale (1994) de Sebadoh. Dinosaur Jr,
Sebadoh : deux totems lo-fi qui balisent le chemin bruyant tracé par
Lovvers. Auxquels il faudrait ajouter, bien évidemment, Flipper ou The Germs.
Hélas, Lovvers sera trop vite résumé à une réponse british à Wavves. La faute à
cette bonne vieille rivalité américano-britannique. À un amour consommé de la
pop punk distordue et saturée. Et à ce double V, aussi. Raccourci trop facile.
Car durant une petite demi-heure, jamais Lovvers ne lasse ou ne sombre dans la
formule : un riff accrocheur ou un break en croche-patte, les Anglais
trouvent toujours le moyen de pimenter ce qui n’aurait pu être qu’un défouloir
sans intérêt, Et s’il fallait leur trouver un équivalent actuel, on pencherait
plutôt pour Times New Viking. Car Lovvers partage avec les auteurs de
Rip It Off (2008) la même sensibilité bruitiste et le même art de l’anachronisme.
Tandis que les home-studios modernes offrent à tout un chacun le loisir de jouer
les Phil Spector dans un deux-pièces, ces chansons braillardes, ces guitares
cradingues et ces mélodies saccagées relèvent moins d’une contrainte matérielle
que d’un choix esthétique assumé. Plus futés qu’ils en ont l’air, Shaun Hencher
et les siens pourraient bien remporter la mise. Ou pas. En attendant, il nous
restera toujours ce disque aussi inattendu que jouissif, véritable
binge-drinking sonique auquel on
biberonnera jusqu’à plus soif. Car face à des morceaux furibards de cette
tenue, on reste toujours de grands enfants.