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Frequencies de LFO

chronique d'album
LFO, c'est le fantasme ultime de l'utopie house. Ou comment un tube mondial émergea des platines d'une rave sauvage au début des années 90. Comment deux étudiants de Leeds – Mark Bell et Gez Varley – marquèrent d'une pierre blanche les débuts de Warp, un des plus grands labels de ces vingt dernières années. Comment un morceau à contre-courant total des hits de l'époque parvint à vendre et à trouver sa place dans un album entier (Frequencies, 1991), à l'heure où la house et la techno ne se transmettent encore et essentiellement que sur maxis vinyle. Comment la fièvre se propage-t-elle au-delà des frontières anglaises, jusqu'à cette rave indélébile sous la Grande Arche de la Défense début 1992. Un certain nombre de faits notoires sont attribués à LFO, comme le fait d'avoir eu la main lourde sur les infrabasses du titre LFO, ce qui a effectivement dû faire exploser un bon nombre de fois l'ampli de leur studio, et celui de moult fêtes clandestines. C'est la force dudit titre, paru un an avant l’album Frequencies : ces basses subsoniques provoquent un décollement immédiat provenant du sol, prenant de l'intérieur, contaminant tout le système nerveux, et amplifiant tout effet chimique au plus profond de nous-mêmes.



Alliées aux voix vocodérisées – bien avant que d'autres ne les ringardisent – au chaud/froid du grave/aigu, et à la simplicité hypnotique, LFO fait instantanément hurler les foules dès ses premiers accords. Autre anecdote : dans une interview de Mark Bell effectuée en 1992 par Didier Lestrade dans Libération, il explique avoir rencontré son comparse Gez Varley dans un concours de breakdance, ce qui en dit long sur leurs influences electro, dans le sens premier du terme : celui des sonorités saccadées, syncopées et électroniques du hip hop du début des 80's, comme dans Planet Rock d'Afrika Bambaataa, que LFO remixa par la suite, ou Rock It d'Herbie Hancock. LFO est aussi et évidemment l’héritier de Kraftwerk, mais aussi celui de Tangerine Dream et de l'école house de Chicago. Ces références, citées sur la pochette, étaient rarement mentionnées alors, à une époque où l'on était plutôt occupé à trouver le numéro de la hotline de la fête de samedi prochain. Quoi qu'il en soit, lorsque l'on réécoute Frequencies vingt ans après sa sortie, on reste totalement bluffé par sa persistance, à commencer par l'épure de la pochette signée The Designers Republic, créateurs de l'identité visuelle minimalement parfaite de Warp.



Également par son Intro acid, précédant le tube LFO, et aussi We Are Back, qui revient sur l'idée de We Are The Robots de Kraftwerk en le projetant encore un peu plus dans le futur. On a aussi apparenté Frequencies au genre IDM (Intelligent Dance Music), souvent attribué aux productions Warp, pour son tempérament inclassable et versatile, au moment où la scène rave anglaise se radicalise, vire hardcore, avec son folklore débile de sifflets, gants blancs et breakbeats ultrarapides. Aujourd’hui, le contexte est radicalement différent, le duo s'est séparé et LFO n'existe plus vraiment, Mark Bell est devenu le producteur courtisé que l’on sait – Homogenic (1997) de Björk ou Exciter (2001) de Depeche Mode, pour n'en citer que deux –, et Gez Varley s'est expatrié en Allemagne, où il sort un maxi de temps à autre. L'histoire LFO est derrière nous, mais Frequencies demeure à jamais un classique absolu, bien au-delà du témoin d'une époque dorée et naïve où l'on fonçait joyeusement et tête baissée dans ce que l'on pensait être une révolution électronique.
Thomas Schwoerer
MAGIC RPM  #158

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