L'autoproclamé Petit Nabab (depuis son premier Lp datant de 1999) revient avec une Playlist des plus éclectique qui ne se résume pas cette fois-ci à un seul single. Le Tone a donc beaucoup et bien grandi. Son album a beau mettre en avant, et cela dès son titre, des qualités "compilatoires" en termes d'éclectisme et d'ouverture à tous les sous-genres de l'électronique, il n'en possède pas moins une architecture souterraine très cohérente. Car si l'on écarte les morceaux chantés pour écouter d'affilée tous les instrumentaux, on se surprend à entendre une seule et même symphonie qui débute au passé composé (Nostalgie De L' Avant-Garde), continue au plus-que-parfait (New Memory), se déroule ensuite au passé antérieur (Boîte), au futur antérieur (Lanterne) pour enfin s'achever au passé simple (Why). Au plaisir tout enfantin de réviser ses conjugaisons, s'ajoute une science diabolique de jeu sur toutes les gammes du temps : qui passe, dont on se souvient, ou qu'on imagine a priori... Bien sûr, l'ombre de Jean-Jacques Perrey plane sur ces contrées électroniques marquées par une recherche effrénée, mais ludique, du temps perdu, parfois même avant d'être vécu. Espace musical libre, tout en douceur, cet enchaînement symphonique est la colonne vertébrale d'un disque (dont le superbe générique est À Moscou, la première plage) qui déroule ensuite un certain nombre d'ambiances musicales chantées : la chansonnette qui fait pop avec Deborah Anderson sur Soundz Of Life, des relents plus sombres susurrés par Nicolette sur Lately, du r'n'b avec un My World dépeint par Alias LJ, un cartoon chanté par Jack Lahana qui se demande "Smoke Wh(o)at" et un peu d'expérimentation en compagnie d'Émilie Simon avec Slow#1. Sacrée Playlist.