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Le buzz est déjà énorme. Biographie elliptique aux percées romanesques, connexions avec l'art contemporain le plus excitant (son ami Cyprien Gaillard), concerts en forme de happenings environnementaux (grue, terrain vague, Tate Modern), discographie floue et quasi introuvable (dont le maxi Live At Teotihuacán, en 2008), titre au générique du film coup de boule de l'année (Un Prophète de Jacques Audiard), signature chez le label défricheur Pan European Recordings : la machine à phantasmes tourne à plein régime autour de Gwenhael Navarro, alias Koudlam. Un surnom de punk à chiens ou de petite frappe banlieusarde, qui appelle aujourd'hui des images de chaman electro, de Corto Maltese du laptop, de néo-Rimbaud à lunettes noires, de mythe en pleine action.

Est-ce une bonne chose pour un garçon de trente ans ? Sans doute pas, mais ça nous change au moins des arrogances microscopiques du tout-venant cool. Dévoré par la curiosité, on se préparait donc à noyer son Goodbye sous les crachats, la moindre des politesses pour une supercherie aussi grandiose. Sauf que non. Impossible. Dès la première écoute, on sait qu'on cherchera nous aussi à imprimer un morceau de la légende. Cet album est bel et bien une merveille hypnotique, dramatique, aventureuse, souterraine, étourdissante. L'inspiration subtile des éléments qui le composent ne rend pas compte de la portée de sa vibration. Puisque Poni Hoax a enterré le revival 80's avec Images Of Sigrid(2008), Koudlam s'attaque à tout ce qu'on peut attendre de la musique qu'on aime. Avec pour armes lourdes les rêveries world initiatiques de Eagles Of Africa, le tunnel techno infernal de Love Song, les violonades anxiogènes de See You All (Un Prophète, bien sûr), les pluies de mélancolie acide de Goodbye ou les synthés johnfoxxiens de Wave Of Mutilation. Ce qui va suivre ne sera pas répété : believe the hype.
Michaël Patin
MAGIC RPM  #137

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