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Le
projet, initié voici deux ans, faisait craindre le pire. Le pire ? Une nouvelle
vague de déification, jusqu’à ce que l’écœurement s’en suive. En commettant
l’irréparable, le 18 mai 1980, Ian Curtis venait ajouter son nom à la liste des
martyrs de la chose rock’n’roll, devenait à son corps défendant le poète maudit
post-punk et l’incarnation même du mal de vivre pour toute une génération, avide
de disséquer des textes interprétés comme autant de paroles d’évangile – et à la
résonance amplifiée par une voix d’une gravité terrifiante. Alors, à l’heure où
Joy Division est devenu une référence définitive, il aurait été sans doute été
simple d’imaginer un film totalitaire, à la gloire de ce héraut forcément incompris.
Mais, en s’appuyant
sur le livre de sa veuve Deborah Curtis, Touching From A Distance – pourtant
vertement décrié à sa sortie, en 1995, par certains acteurs de cette saga –, le
scénariste Matt Greenhalgh a choisi de présenter le chanteur tel qu’en lui-même…
Soit un garçon confronté à une gloire naissante qu’il ne maîtrise guère et miné
par une maladie, l’épilepsie, peu compatible avec sa nouvelle vie sur la route,
l’éloignant chaque fois un peu plus de la grisaille banlieusarde de
Macclesfield. Surtout, on découvre un jeune homme d’une stupéfiante normalité,
incapable de trancher entre la banalité d’une vie quotidienne qu’il s’est
lui-même fabriqué – marié à dix-huit ans avec son amour d’adolescence, jeune
père d’une petite fille – et les feux de projecteurs désormais braqués sur lui.
Incapable d’avouer à sa femme sa liaison avec la jolie Belge Annik Honoré,
pleutre à l’heure de devoir prendre ses responsabilités.
Alors, filmé en noir et
blanc – pour mieux coller à l’Atmosphere de l’époque – par le célèbre
photographe et vidéaste Anton Corbijn (familier du groupe pour l’avoir maintes
fois immortalisé), Control est avant
tout un drame amoureux, dont importe peu que l’on connaisse l’inéluctable issue.
Une œuvre oppressante, que l’on pourrait rapprocher de l’univers d’un Ken Loach.
Ce film, magnifiquement servi par les interprétations de
Sam
Riley (Ian) et Samantha Morton (Deborah), s’adresse ainsi à un public bien plus
large que les seuls thuriféraires de Joy Division, tout en contant avec une
véracité exemplaire la fulgurante ascension de ces derniers. Touchant,
troublant, Control est une œuvre dont
on ne ressort pas tout à fait indemne.
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