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The Vision de Joker

chronique d'album
Malgré sa vingtaine encore frétillante, le producteur Liam McLean, alias Joker, se trouve à un tournant décisif de sa carrière. Devenu depuis son apparition en 2007 une valeur sûre du (post) dubstep, dont il incarne déjà le renouveau mélodique et sensible, le Bristolien s'est fait désirer avant de remanier son CV sur The Vision, annonçant sa volonté d'élargir son influence. Fasciné par les super héros (il emprunte son blaze au célèbre villain de DC, tandis que le titre de l'album peut renvoyer à un personnage Marvel), il expose ici la palette de ses pouvoirs, réunissant sous sa houlette une poignée de seconds couteaux suffisamment doués et stéréotypés pour attiser le désir mimétique des superstars du R&B et du rap.

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Le risque étant de se mettre à dos une bonne partie de sa communauté d'origine, ce qui n'a pas manqué de se produire – sans surprise quand on connaît les règles drastiques du fandom. Dans le cas présent, on s'autorisera à donner raison à ces aficionados de la première heure, dont la passion autoritaire et possessive fait tout de même office de sens critique. Car la musique de Joker n'est en effet jamais plus originale, évocatrice et même efficace que dénuée d'attraits vocaux, lorsque les synthétiseurs déploient seuls leurs chants acides et caoutchouteux, habillant d'onirisme les basses massives et rythmiques syncopées inhérentes au genre. Que l'intéressé se rassure quand même : des titres comme Slaughter House (avec Silas), The Vision (Let Me Breathe) (avec Jessie Ware) ou Lost (avec un Buggsy en parfait sosie d'Eminem) se hissent aisément au niveau des grosses productions R&B et rap actuelles, et devraient lui ouvrir le chemin du grand public. Mais pour une revitalisation plus profonde du flux FM, il faudra repasser.
Michaël Patin
MAGIC RPM  #158

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