En kiosque actuellement Commander

A lire

Time For The Devil de John & Jehn

chronique d'album
Une signature sur un label majeur est-elle toujours synonyme de suicide artistique pour un groupe si fougueux ? Si la question, aussi perverse soit-elle, ne trouve pas toujours réponse, Time For The Devil nous incitera à répondre par la négative. Petit rappel : L'Amour Ne Nous Déchirera Pas (2005) nous avaient prévenu Nicolas Congé et Camille Berthomier, réunis sous sous l'alias John & Jehn, lors de leur premier Ep en forme de clin d'œil fripon à Joy Division. Trois ans plus tard, installé à Londres où il avait si bien su conjuguer sa flamme à la culture anglo-saxonne, le couple scellait un premier album au charme sulfureux (John & Jehn, 2008). Dès lors, il fallait préparer la suite et rebondir après avoir bluffé son monde.

Sachant qu'ils seraient attendus au tournant, c'est un deuxième Lp étonnamment marqué par une nouvelle direction que nos deux éphèbes ont concocté tranquillement, au sein de leur studio flambant neuf situé dans leur Charente natale. Les références de base, constitutives de leur identité sonore, sont toujours présentes. Le fantôme de Ian Curtis hante plus que jamais certaines compositions (le tubesque Shy et l'éclatant And We Run en sont les plus brillants exemples). Et il reste encore quelques empruntes toxiques du Velvet Underground (l’excellent Down Our Streets). La mini-révolution amorcée avec ce nouveau disque tient davantage de la production. Décidés à rendre leur musique plus directement pop, les deux inséparables ont préféré miser ici sur un son plus musclé et plus propre.

Ainsi, au risque de rompre avec le charme artisanal de leur livraison inaugurale, Time For The Devil (titre inspiré d'une nouvelle de Fernando Pessoa, A Hora Do Diabo) est entièrement imprégné d’une nouvelle ambiance sonore où la basse vrombissante est proéminente, et les voix – hantée et caverneuse pour Nicolas Congé, lyrique et parfois instable pour Camille Berthomier –, mises en avant. Ajouté à cela une thématique gothique et l'on se rapproche davantage de Siouxsie & The Banshees que du Velvet. Mais les meilleures chansons de John & Jehn sont les plus lumineuses, comme ce morceau caché qui sonne très glam rock. Finalement, là où beaucoup d’autres groupes se seraient fourvoyés, le duo parvient à atteindre son but : maîtriser sa fougue originelle pour la placer dans un cadre plus ambitieux.
Sébastien Jenvrin
MAGIC RPM  #141

Les 20 derniers articles ( Chronique d'album )