Les adieux aux armes de Joe Strummer ayant déjà été formulés, on se contentera de parler de musique. Et le meilleur morceau de Streetcore, une chance pour les paresseux, se trouve en ouverture : Coma Girl. Soit un tube pop à l'efficacité imparable et à la tendresse bouleversante, rappelant que Strummer fut, en plus d'être le porte-drapeau de nobles causes, un sacré songwriter. Sur Coma Girl, croisement entre Tommy Gun et le printemps, il cite Dylan, et du coup s'en rapproche. Malheureusement, comme lui, et malgré le fait que ce disque ne soit pas mauvais, notre Saint-Patron punk a ses hauts et ses bas. L'hybride reggae rock Get Down Moses en est l'illustration la plus flagrante. Long Shadow n'est qu'une bonne chanson folk, on regrette alors que Joe Strummer n'ait pas enregistré un album entier sur ce modèle ascétique, on le regrette encore plus lorsque la reprise du Redemption Song de Bob Marley s'achève. Arms Aloft, tentative de brit rock fédérateur, et All In A Day, construit sur le même modèle en plus dansant, sont totalement à côté de la plaque, nous rappelant la seule chose qu'on a jamais supporté chez cet homme admirable : son chant parfois braillard. Burnin'Streets, avec son refrain en forme de clin d'oeil à London's Burning, s'avère plus convaincant tout comme le quasi instrumental Midnight Jam. Le disque s'achève sur un Silver & Gold countrysant, plein d'optimisme et de verdeur ("I'm gonna get a trip around the world, I'm gonna kiss all the pretty girls") mais prémonitoire("But I've got to hurry up before I grow too old"), où son statut de grand songwriter se fige une dernière fois avant la levée du corps. Un dernier album digne qui a ses moments (inachevés, mais justement ce côté démo fait mouche), en dépit de ratages complets, ce qui ne nous empêchera pas de boire encore quelques grandes rasades à sa santé.