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Tower Of Love de Jim Noir

chronique d'album
Ils sont légion à s'être penchés avec plus ou moins de réussite sur le problème posé par la fameuse quadrature du cercle pop moderne : comment composer au troisième millénaire un album à la fois classique et original, alors que tout semble avoir déjà été dit, ressassé, calibré et épuisé depuis si longtemps ? Cette fois, c'est au tour d'un jeune inconnu tout droit sorti de la banlieue de Manchester d'apporter sa réponse toute personnelle à la question. Une réponse qui tient en quelques mots, répétés façon méthode Coué sur le deuxième titre de Tower Of Love, I Me You I'm Yours : "I've got words I'd like to say/But they've all been said before/So I'm gonna use them all". Et voilà ! C'était aussi simple que cela, mais il fallait tout le talent et la naïveté maîtrisée de Jim Noir pour nous en convaincre. Il suffisait donc, pour cette fois, de reprendre tous ces mots et ces notes que l'on croyait usés jusqu'à la corde, ces harmonies célestes qui sonnent comme autant de déclarations d'amour au Love You des Beach Boys, ces ritournelles à la McCartney, et de ne plus se préoccuper de rien d'autre que du bonheur doucement régressif qu'ils continuent d'apporter. Avec une simplicité déroutante et l'insouciance salutaire des débutants, Noir a réussi à bricoler un album qui ne parle que du plaisir que procure la découverte de la pop music, du charme de la clef de sol (Key Of C), des joies de la composition aux claviers (Computer Song). Tout cela pourrait sentir terriblement le renfermé et le nombrilisme si Noir n'était pas parvenu à ressusciter cette fraîcheur enfantine (mais jamais infantile) qui ramène au temps des émotions brutes, des premières découvertes amoureuses et artistiques, celui où l'on se consolait de s'être fait piquer son ballon de foot par les grands dans la cour de récré en chantonnant un tube des Beatles (Eanie Meanie). Bref, ce premier Lp totalement réjouissant fournit la preuve en acte qu'il existe encore des moyens de recycler ses vieux ingrédients dans les plus antiques des marmites sans jamais que l'on songe à se préoccuper de leur date de péremption.
MATTHIEU GRUNFELD
MAGIC RPM  #102

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