À l'instar du Mont Sans-Souci et à la différence de Dolorès ou Lilith, Taormina n'est pas une femme, mais une petite ville de Sicile, près de la mer. C'est manifestement le Shangri-la de Murat, le lieu tout aussi bien imaginaire et idéal où sa psyché remuante trouve aujourd'hui une accalmie favorable à la naissance de cet album qui n'en a pas pour autant la foulée molle, mais plutôt la vitesse appropriée. La bonne mesure succède idéalement à la frénésie des publications discographiques et à la conduite à tombeau ouvert de ces quatre dernières années, bien qu'il soit encore trop tôt pour en établir le bilan (sauf pour Labels, l'ancienne maison de disques du chanteur). S'il n'est pas rentré pour autant dans le rang, Murat a mis de l'ordre dans ses idées, lui qui paraît davantage lui-même, lorsqu'il évoque le frôlement de ses pas sur le tapis du lichen en bordure d'un sentier, que lorsqu'il épingle Jennifer de la Star Academy (cf. Le Moujik Et Sa Femme). Taormina est l'illustration lumineuse de cette évidence maintes fois contrariée, un portrait éclairé par un blues qui ne se décide toujours pas à ressembler à celui de Paul Personne, tout en prenant un plaisir de plus en plus manifeste au recueil des guitares, cet herbier ciselé par une production à l'unisson. Même quand il se fait languissant, le trait est bref. Ce laconisme retrouve intacts l'érudition et le pouvoir évocateur des textes les plus volubiles de Murat. Des morceaux souvent courts, spontanés, mais finalement concertés et surtout jamais expédiés. Si Caillou a été choisi comme single inaugural, l'accessibilité cajoleuse et l'évidence remarquable d'Au-Dedans De Moi, prochain single pressenti, pourraient rappeler Murat au souvenir des radios hexagonales les plus sourdes. Taormina aime à évoquer la perte, la séparation et l'illusoire restauration amoureuse, pour mieux retrouver l'essence et l'esprit de ses meilleurs disques. Alors, en 2006, Tout Est Dit pour Bergheaud ? Sûrement pas.