Après le Moujik, le Moscovite ? Autoportraituré les yeux bandés, Jean-Louis Murat fait davantage penser à un otage détenu en Irak qu'à un joueur de Colin-Maillard, titre initialement choisi pour ce dixième album (si l'on excepte ses projets discographiques parallèles) qui figure en plage 10 de ces quatorze titres, aussi copieux que tortueux. Or donc, cette pochette est plutôt malvenue dans l'actualité du moment, entre autres dominée par l'enlèvement de la journaliste Florence Aubenas et de son guide Hussein Hanoun Al-Saadi. Clairement inspiré par la littérature russe, et notamment par la correspondance d'Alexandre Pouchkine La Fille Du Capitaine en ouverture magnifiée par les cordes de Dickon Hinchliffe (Tindersticks) et gâchée par les choeurs de la Rennaise Mely Ruben qui l'a mené jusque sur les traces de Pierre-Jean de Béranger (chansonnier du XIXe siècle dont il met ici en musique trois textes), l'Auvergnat garde néanmoins un oeil tourné vers les États-Unis (l'entraînant Nixon, qui n'est pas sans rappeler Le Cri Du Papillon), ce pays qui l'a toujours fasciné (L'Amour Et Les États-Unis, en duo avec Camille). Alternant les ambiances tamisées de Lilith (Foulard Rouge, Et Le Désert Avance) avec la country pneumatique du Moujik Et Sa Femme (Oh My Love, sans rapport avec la chanson homonyme de Sophia), le Bergheaud de Tuilière et Sanadoire tient envers et contre tout sa promesse d'actualité semestrielle, bien qu'il ne nous enchante pas totalement sur la longueur et pas seulement à cause de la présence rédhibitoire de Carla Bruni, qui minaude sur le single Ce Que Tu Désires et pousse les choeurs à deux autres reprises (Oh My Love, Arrête D'Y Penser). Car l'appropriation du répertoire de Béranger (La Bacchante, La Fille Du Fossoyeur, Jeanne Et La Rousse), aussi naturelle soit-elle, écarte l'album de son propos initial, lui conférant au final un caractère syncrétique. De là à dire qu'il s'agit d'un premier signe d'essoufflement dans la course contre la montre discographique de Murat, qui annonce déjà un disque de reprises dudit Pierre-Jean de Béranger pour le mois prochain...