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Grâce à sa faconde exemplaire sur disque comme dans les médias, on en sait désormais beaucoup sur le personnage Murat, tour à tour chanteur et fin mélomane, acteur, peintre érotomane et tailleur de vestes patenté. Frustré de ne pouvoir publier un Lp tous les six mois comme il était d'usage dans les années 60, cet auteur-compositeur prolifique s'offre aujourd'hui le luxe d'un triple album vinyle de très haute volée, le boulevers(ifi)ant Lilith. Manifestement galvanisé par ses récentes aventures musicales qui l'amenèrent, en compagnie de son bassiste Fred Jimenez (ex-A.S Dragon), à enregistrer et défendre sur les routes de France Le Moujik Et Sa Femme, avant d'être terrassé par une cruralgie aiguë qui interrompit précipitamment sa tournée, de loin sa meilleure depuis qu'il s'est enfin décidé à monter sur scène en 1993, notre homme vient d'écrire comme jamais. Qu'il s'agisse de brocarder ses incorruptibles détracteurs d'un jour ("Le Moujik a eu son heure/Mais a fait peur aux enfants") ou de dresser un état des lieux de ses amours au beau fixe ("Hello Lilith/Gorgée de lait"), le plus charmeur des Auvergnats vient de S e Mettre Aux Anges en toute beauté. Enregistré à l'ancienne, en trio (avec Stéphane Reynaud en remplacement de Jean-Marc Butty à la batterie), ce neuvième opus fait la part belle aux lignes de guitares électriques chères à Keith Richards, John Lee Hooker ou Neil Young, dont le Crazy Horse se voit saluer en écriture automatique sur Les Jours Du Jaguar, formidable ouverture qui prétend largement au titre de col infranchissable des vingt-trois morceaux ici rassemblés et enregistrés en... quatre jours. Révélant également une passion sans faille pour le boogie des vétérans Canned Heat sur l'imposante chanson éponyme, Murat gagne haut la main ses galons de guitariste rythmique émérite. Mais c'est finalement en suivant sa voix en perpétuel acte d'amour que l'on mesure vraiment l'importance de cette "lubie qui nous enflamme ", les six faces brûlantes qui composent l'anthologique Lilith. Illuminé par la présence de deux Tindersticks, David Boulder et Dickon Hinchliffe, aux arrangements de cordes et de la trompette de Stéphane Belmondo, l'imparable Le Mou Du Chat s'impose comme un classique digne de Nu Dans La Crevasse ouB r û l e - M o i, alors que le single Le Cri Du Papillon fédère au féminin, tout comme le splendide Émotion. Un peu plus loin, cet éternel complice d'Isabelle Huppert Le Contentement De La Lady semble échappé de Madame Deshoulières décline ses obsessions favorites avec un allant rare et une vigueur inédite dans sa discographie. Sans jamais lasser.
Renaud Paulik et Franck Vergeade
MAGIC RPM  #74
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