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Il y a deux ans, Jean-Louis Murat décidait de faire son Bob Dylan (période mid-60's), en publiant un album tous les six mois. Drôle d'idée qui, à l'époque, éveilla l'appétit de ses adeptes et la curiosité du "métier" : l'homme allait-il tenir le rythme ? Il convient d'ailleurs ici d'ouvrir une brève parenthèse pour saluer bien bas sa maison de disques, Labels pour ne pas la nommer, qui a soutenu sans sourciller et en pleine crise du disque le Moujik dans sa course effrénée à la création. Hélas, depuis la parution de son triple album Lilith (son Blonde On Blonde à lui ?), inaugurant ladite performance, la qualité des disques de notre érotomane préféré a suivi une courbe dangereusement descendante. On ne parlera même pas ici de certaine collaboration douteuse venant plomber l'inégal et récent Moscou, sur lequel Murat adaptait déjà trois poèmes du, je cite, "célèbre poète et chansonnier français Pierre-Jean de Béranger (1780-1857)". Illustre inconnu eut été plus juste, mais passons, chacun dresse après tout où bon lui semble les remparts de sa culture poétique. Personne n'aurait du reste remarqué le nom de Béranger pensez donc, coincé entre deux célèbres (dés)espoirs de la variété hexagonale féminine si le gaillard n'avait décidé de remettre ça sur un album complet, l'anecdotique 1829. Car si l'on réécoute encore aujourd'hui avec plaisir le livre-disque (car c'est bien de cela dont il s'agit) Madame Deshoulières enregistré en compagnie de la rare Isabelle Huppert, il faut bien admettre que 1829 est taillé dans un tout autre bois. Plates, monotones, voire monocordes, ces onze nouvelles chansons ne témoignent en rien de l'alchimie dont Murat, Jimenez et Reynaud savent faire preuve sur scène. Et si les textes prennent occasionnellement un sens troublant à notre époque, l'intérêt de l'ensemble est quasi nul. Et, alors que ce ratage pose la question de savoir comment Murat parviendra à se sortir avec les honneurs de son challenge en forme d'ornière, les images défilent d'un Bob Dylan exsangue qui, lessivé par son intense production discographique de 1965 à 1967, se crashait en moto dans les collines de Woodstock. On conseillera donc à ce cher Jean-Louis Murat de lever le pied, voire de passer aux trente-cinq heures pour éviter le pire qui, comme chacun sait, reste à venir, du moins si l'on en juge son futur Dvd poético-animalier. Mais c'est une autre histoire.
RENAUD PAULIK
MAGIC RPM  #90
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