Jaylib, c'est la manipulation génétique entre les deux cerveaux les plus inspirés du hip hop américain, Madlib et Jay Dee. S'ils ne jouent pas dans la catégorie des poids lourds de l'industrie du disque, ils sont l'incarnation à eux deux de ce que le hip hop représente de plus créatif, aussi attaché à ses racines qu'ouvert aux expérimentations les plus singulières. Du côté de Los Angeles, on sait depuis un certain temps que Madlib n'est pas loin d'être un génie, depuis les productions de ses alias Quasimoto et Lootpack, jusqu'au très jazz Yesterdays New Quintet ou ses relectures laidback de Stevie Wonder et du catalogue Blue Note. Jay Dee (ou Jay Dilla) est l'homme qui, bien avant l'autre blondinet, a placé Détroit sur la cartographie mondiale du rap à travers sa formation Slum Village, et rayonné sur d'autres comme Common ou Erikah Badu, ciselant les beats comme personne. Après de nombreux rendez-vous manqués, Champion Sound sonne somme le choc des titans, et confirme leur exceptionnelle maîtrise du sujet. Qu'il s'agisse de groove décharné, épuré et minimal (exceptionnel The Heist) ou d'éclats soul (The Official, The Mission, entre autres) et autres échappées jazz en diable, le duel qui les oppose est un affrontement de haute voltige tellement riche que plusieurs écoutes sont indispensables pour arriver à en percevoir toutes les subtilités. Pêle-mêle: samples moyen-orientaux, extraits d'improbables BO de séries télé 80'etfeaturings de Talib Kweli, Quasimoto ou du duo Frank-N-Dank contribuent à la richesse de cet OVNI protéiforme totalement fascinant.