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On ne remerciera jamais assez la pop moderne pour nous avoir fait découvrir quelques chefs-d'œuvre du septième art. Des exemples ? Vanishing Point (1971) via Primal Scream, Saturday Night And Sunday Morning (1960) cité par The Smiths, ou encore The Wicker Man (1973) rempaillé par Pulp. Mais là, Jason Urick décroche le pompon en baptisant son album d'après un long-métrage de Marco Ferreri. Et l'on ne résiste pas au plaisir de vous dévoiler l'intrigue flinguée de ce film sorti en 1986 : Christophe Lambert trouve un porte-clés qui répète “I love you” quand on siffle. Fasciné, il délaisse ses conquêtes et perd pied avec la réalité, sous les yeux d'un Eddy Mitchell dépressif. Ni Anémone, ni Agnès Soral ne pourront le sauver de sa descente aux enfers, achevée par une noyade volontaire. Tout de même. Ceci posé, on cherche les traces de cette curiosité au sein du deuxième LP solo de Jason Urick, figure discrète mais influente de Baltimore.



Pour n'en trouver rien, ou presque : les quelques samples de musiques traditionnelles posées sur la seconde plage (la longue Don't Digital) en sont peut-être issues. Mais rien n'est moins sûr. Pour le reste, plutôt ramassé (cinq titres, un peu plus d'une demi-heure), I Love You joue sur la distorsion du temps, les ambiances spatiales (le conclusif Syndromes, longue montée crashée dans une explosion d'échos bondissants) ou le flux et le reflux des nappes. Que propose cette œuvre enregistrée entre Baltimore, Portland et Rotterdam ? La vision hallucinée d'un monde globalisé (toutes les sources sonores se mélangent), où subsistent quelques poches de résistance (les chants et rythmes ancestraux baignant dans Ageless Isms). L'air de rien, Jason Urick signe surtout un bel album d'ambient rêveur, patraque et un brin kétaminé, dont les traces vocales ou humaines sont dépecées, concassées et répétées à l'envi, perdant ainsi tout leur sens – comme le porte-clés.
Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #159

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