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Ils Étaient Tombés Amoureux Instantanément de Institut

chronique d'album
Si Institut en était vraiment un, on y apprendrait à disséquer ce qu’il y a de plus beau et percutant chez tous les maquisards de la chanson française de ces vingt dernières années : des maux et encore des mots qui noircissent des partitions qui n’ont plus à rougir de l’indie pop anglo-saxonne. Arnaud Dumatin, l’ombrageux directeur de cet Institut, officiait au siècle dernier dans le groupe anglophone Emma et avait fini par rejoindre le label Lithium, fleuron d’une scène indépendante à la française qui émergea au début des années 90 avec les albums déterminants de Dominique A, Mendelson et Diabologum. Avec ces téméraires empêcheurs de chanter en rond, la pop prenait une tournure introspective, situationniste et expérimentale et un vent nouveau soufflait enfin sur nos contrées. Édité par la revue littéraire Rouge Déclic, ce premier effort d’Institut a toute sa place dans cette généalogie d’auteurs lettrés et sensibles : guitares en mode mineure mais affirmées, batterie discrète, voix de velours et lyrisme pudique forment le paravent diaphane de textes tranchants, touchants, ironiques voire politiques.

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Des blessures du jour pas encore cicatrisées, Institut en produit des chansons susurrées et bouleversantes (Les Méduses, Ils Étaient Tombés Amoureux Instantanément Et Avaient Trouvé Ensemble Un Modèle Economique Approprié, Capturer L’Instant) avec la complicité d’Emmanuelle Ferron au chant, présence féminine qui apporte un peu de réconfort quand tout semble voué à disparaître. En alternance avec ces échappées purement mélodiques, Arnaud Dumatin et Emmanuel Mario se partagent les instruments pour composer des arrangements sobres et intrigants, qui servent de contrepoints à certaines énumérations froidement récitées, où se dessine une réalité purement objective (Installation Imprimante, Erreur D’Intitulé) et déshumanisée (Au Beau Fixe). La belle leçon de vie de cet Institut, c’est de ne pas s’abandonner au morcellement, à la confusion qui nous traque de toutes parts, qui nous ronge chaque jour davantage. Le remède tiendrait alors dans une forme d’oubli réparateur : “Et tu plonges la tête en avant, même si l’eau est froide, tu commences à couler, à couler, à te débarrasser de toi, à capturer l’instant…”
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #157

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