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L'homme à la veste en jean trépigne, soupire, ricane. Il est venu écouter Black Rebel Motorcycle Club et doit subir les gesticulations d'un chanteur épileptique bizarrement coiffé, à la tête d'un groupe indéfinissable. Mais voilà, l'homme à la veste en jean a beau manifester bruyamment sa désapprobation devant un tel spectacle, il tape quand même du pied. Avec la candeur et la morgue qui sied aux pop stars en herbe, Ima Robot livre devant ses yeux un set nerveux et décapant, égrenant les chansons abrasives d'un album qui a depuis atterri sur nos platines déjà affolées par un imparable maxi estival. Après l'éclectisme bordélique du Public Access, le premier Lp des Californiens frappe par sa cohérence, restitution exaltante de l'emballement historique qui vit les Buzzcocks, The Fall puis PIL exploser les codes du punk et ménager l'avènement d'une new-wave ambitieuse. Avec une énergie jubilatoire, Ima Robot balance des chansons à la fois spontanées et sophistiquées, brûlots mélodiques propulsés par une section rythmique explosive, des choeurs rigolos et des synthétiseurs : les tubes hystériques Philosophophee, Alive, Dynomite, 12=3 ou Blackjettas peuvent tous prétendre sinon au Top 10 en tout cas au statut d'objets de culte. Alex Ebert y chante comme une sorte de Gargamel dégénéré, coincé dans une zone trouble où la folie côtoie la roublardise. De manière surprenante, le gang signe aussi deux morceaux moins remués mais très poignants (Scream, Let's Talk Turkey), entre mélancolie adolescente et gueule de bois de l'afterpunk. Peut-être de mauvais souvenirs pour l'homme à la veste en jean.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #75
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