Laissant tranquillement passer les soubresauts de la hype électronique comme on observe un paquebot au loin vu de la plage, I:Cube a pris tout son temps pour donner une suite à son second album Adore, sorti il y déjà quatre ans. Entre-temps, Château Flight et son ami Gilb'r sont passés par là, mais n'ont en rien court-circuité les pulsions créatives de cet homme secret qui transforme tout ce qu'il touche en fantaisie digitale avec une facilité assez déconcertante. 3 est une pièce supplémentaire au puzzle I:Cube, une fenêtre ouverte sur un univers ludique et étrange composé de dessins d'enfant perturbé, de clins d'oeil poétiques aux compositeurs français François De Roubaix n'est pas loin, La Folle Blanche en est le témoin et d'atmosphères aussi confortables qu'inquiétantes, sur lesquelles soufflent toujours le vent sombre de Motor City, comme sur le très detroitien Tunnel Vision. Certes, les touches latines ont disparu (mais pas l'humour, si l'on en juge par La Vie En Communauté, pause baba cool et parodie aérienne), et le rythme house est un peu plus soutenu, recentré vers l'essentiel. L'album file pourtant comme une envolée onirique, un rêve binaire intemporel déconnecté de toute forme de contrainte, à l'image de cette Bubblesphere posée ailleurs, on ne sait trop où. Et alors que la surenchère de featurings fait rage, I:Cube ne s'embarrasse d'aucun artifice et fait uniquement appel au grand RZA pour un Can You Deal With That? au beat electro irrésistible. Dans la famille de ceux qui durent, on choisit I:Cube, le cousin un peu bizarre mais terriblement attachant.