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Le tout restait néanmoins au stade embryonnaire, comme si Temple, clairvoyant, expérimentait des bribes de génie pour les mettre en situation dans un futur proche. Et par la grâce de tournées en compagnie de Department Of Eagles, Grizzly Bear et The Walkmen, ces fragments ont fusionné dans un maelström de pureté, où il est question de renaissance, encore une, mais sous la forme d’un quintette cette fois-ci. Si Michael Bloch et Peter Hale accompagnaient déjà Luke Temple précédemment, l’ajout de la blonde bassiste Jennifer Turner et de la tombeuse de bretelle Kristina Lieberson aux claviers apporte aujourd’hui un peu de sang neuf et beaucoup de sensualité aux compositions désormais agencées, concertées et approuvées en collectivité. Pigeons porte les fruits de cette collégialité naissante, qui voit ses algarades antérieures et ses éléments récents s’imbriquer comme les pièces d’un puzzle et élever, dès l’introduction, par les élans résolument pop modernes que sont Hibernation et Collector. Si la première déclenche une sérieuse démangeaison du bassin avec son boogie bancal et ses paroles qui fustigent sans cesse (“In the weary daylight/Do as I am told/In the weary daylight/I'm old”), la suivante finit de le déboîter par le pouvoir libérateur d’une basse virevoltante, de vocalises qui filent à la vitesse de la lumière et de chœurs qui se démultiplient à mesure que les riffs incarnés et les claviers antiques gagnent du terrain. La mélancolie planante de Casual emmitoufle les rythmiques apatrides de Here We Go Magic(2009) dans des draps de satin avant que le mètre étalon Surprise – premier titre à avoir configuré Here We Go Magic sous sa nouvelle formule – ne les lacère indéfectiblement en envoyant Interpol suer sang et eau sur des terres arides.
Comme Radiation Blues sur Hold A Match For A Gasoline World (2005) et Time Rolls A Hill surSnowbeast (2007)la ballade lancinante Bottom Feeder coupe la poire en deux et figure l’itinéraire de cette amitié inédite, là où siègent cinq têtes chercheuses (et bien pleines) qui poussent le maître d’œuvre Luke Temple dans ses derniers retranchements et se répandent en hululements pour hérisser les poils dans le sens de la pudeur. D’une autre façon, Moon amorce un virage discoïde paré de bonnes intentions qui s’ébaudira jusqu’à l’hymne altermondialiste Old World United et ses gimmicks de fête foraine, puis dans le slow concassé de F.F.A.P. et les hauteurs aAIRiennes de Land Of Feeling. Et, sans qu’on y prête vraiment attention, les antiennes de krautrock animal du premier essai refont leurs apparitions à la faveur de Vegetable Or Native avant de faire atterrir Pigeons sur une pente douce via la complainte africanisante érigée en hommage à Herbie Hancock (Herbie I Love You, Now I Know). Ce monument immaculé dévoile à nouveau la capacité de Luke Temple à retranscrire ses émotions, les refondre et les renouveler. Une habileté rare, transcendée dans des odes miraculeuses et incarnée par un groupe bien né, qui a de quoi remettre sérieusement en question l’effarante sacralisation de ses contemporains (Grizzly Bear compris). Sous des dehors plus ambitieux mais pourtant élémentaires, Here We Go Magic a esquissé les atours de son avenir et démontre combien le façonnage collectif et la conscience de groupe sont seuls capables de sublimer le génie d’un homme.
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