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We Are Only Riders de Gun Club

chronique d'album
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Que quelques-uns des plus grands musiciens de notre temps rendent hommage à l’un des leurs trop tôt disparu arrive en période de fêtes n’étonnera personne. La simple présence de Nick Cave, Debbie Harry, Barry Adamson, Mick Harvey, Kid Congo Powers, Lydia Lunch, Mark Lanegan, The Raveonettes et David Eugene Edwards sur un même album est en soi le plus beau des cadeaux. Et dans le genre qui nous occupe – nerveux, le genre –, We Are Only Riders fait bien plus que dépoussiérer une cassette oubliée du chanteur du Gun Club : il vient en renfort d’une poignée de rééditions essentielles rappeler le génie de Jeffrey Lee Pierce. À l’origine de ce faramineux projet étalé sur treize longues années, Cypress Grove, l’ultime bassiste de Jeffrey et heureux possesseur de la fameuse bande, a réuni ses amis et plus fervents adeptes pour des sessions d’une intensité inouïe.

En parfait maître de cérémonie – qui mieux que lui pouvait rendre justice à cette musique ? –, Nick Cave livre là une ahurissante version de Ramblin’ Mind. Le disque en comporte trois, la sienne écrase haut la main la concurrence (David Eugene Edwards, Cypress Grove). Accompagné par la guitare exhumée de Jeffrey Lee Pierce et celle de son vieux complice Kid Congo Powers, Nick Cave devient à son tour, trois minutes durant, le chanteur du Gun Club : le temps s’arrête, l’émotion est à son comble. En fin d’album, c’est aux côtés de la toujours délicieuse Debbie Harry qu’on le retrouvera sur Free To Walk, un duo qui n’aurait pas dépareillé sur Murder Ballads (1996). Seule aux commandes sur Lucky Jim, la voix désormais légèrement voilée de la chanteuse de Blondie évoque de façon troublante celle de son ami disparu. Saisissant.

Et si l’on peut également compter sur David Eugene Edwards et Lydia Lunch pour déployer leurs cordes vocales traitées au papier de verre, on retiendra surtout la fabuleuse reprise de The Snow Country par Mick Harvey – mais est-ce vraiment une surprise ? – et celle de Free To Walk par The Raveonettes qui, plutôt que de singer Pierce, déploie un magnifique mur du son pour le célébrer. Seul ou en duo avec Isobel Campbell, Mark Lanegan prouve enfin que ces blues antédiluviens, hantés par les plus vieux esprits du Mississippi, résonnent au plus profond de chacun d’entre nous. Parmi ces fantômes, quelque part entre Robert Johnson, Muddy Waters et Jimi Hendrix, on distingue aussi la tignasse ébouriffée de Jeffrey Lee Pierce…
Renaud Paulik
MAGIC RPM  #138
article extrait de :
MAGIC RPM #138 Commander ce numéro
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