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Si le romantisme aiguise l’amour pour mieux transpercer le cœur de l’être aimé, Girls troue la poitrine du monde avec un premier Album aux allures de déclaration ultime. Douze chansons et autant de sentiments interprétés avec une justesse si déchirante qu’elle annihile la distance pour nous faire éprouver les émotions en grandeur nature. Lust For Life et son cri de détresse étouffé par une camisole affective. Laura qui implore l’amitié tendre en guise de consolante. Ghost Mouth pour dépeindre une vie veuve de sens. God Damned ou la passion subie comme une prosternation. Le spleen maximal lentement éviscéré par Hellhole Ratrace. Summertime, lorsque le ciel en surchauffe fait bouillir le bas-ventre. Le désir insensé qui flambe mortellement les méninges à mesure que Lauren Marie répète ses charmes. L’échappatoire heureuse qui s’éclaire enfin sous la lumière rédemptrice de Darlings. Chaque mélodie raconte une histoire. Chaque histoire charrie son lot d’émotions… Pour mettre en musique ses contes chagrinés, Girls mêle le rose cristallin des guitares de Felt, son parrain obsessionnel, aux traînées psychédéliques du rockeur qui avale la pilule, en cadençant l’ensemble avec l’entrain éternel d’une pop soixanthuitarde aux harmonies immaculées

Pour amuser sa peine, Girls multiplie les clins d’œil fripons. Cette pochette chipée au Behaviour (1990) des Pet Shop Boys. L’exercice de style fifties Big Bad Mean Mother Fucker qui rembobine jusqu’au Back In The USA de Chuck Berry pour accélérer jusqu’au Breaking Up The Band des voisins sanfranciscains The Tyde. Le pétage de plomb shoegazing Morning Light qui crame la mélancolie et concentre en deux minutes tous les watts d’électricité benjamine autrefois chargée par Teenage Fanclub. Les vapeurs langoureuses de Headache qui invitent Ariel Pink à danser un dernier slow avant d’aller niquer sous crack…

Enfin, et surtout, pour incarner sa sensibilité changeante, Girls recèle un interprète magnétique qui déverse ses pleurs dans une fontaine de jouvence, qui mouille de sanglots son affection avec une grâce solaire, qui assortit le maniérisme à une sincérité que l’on pense aussi vive que les plaies. Ce crooner schizophrène a autant appris de Roy Orbison que de Matt Fishbeck (Holy Shit), de Brett Anderson que de R. Stevie Moore. Si l’ici-bas était chouette, Christopher Owens remplacerait fissa Peter Doherty dans les fantasmes culottés de tous les tendrons humides en quête d’expériences alitées.

Au début du clip originel de Lust For Life, le blondin abîmé s’affiche d’ailleurs en pleine intimité, au saut du pieux, vêtu d’un peignoir chamarré. En tirant sur une cibiche, il fait défiler quelques cartons annotés. “Me voilà… Qu’est-ce que vous en avez à faire ?… Regardez-moi…”. Ayé ! L’heure est enfin venue d’observer Girls au grand jour, de scruter la mine impassible de Chet Jr. White, de mirer la classe nonchalante de Christopher Owens. Et de ne plus lâcher des yeux ceux qui viennent de pénétrer pour toujours notre organe le plus vital.
Jean-Francois Le Puil
MAGIC RPM  #135

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