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Grow Up Or Sleep In de Ghosty

chronique d'album
Évoquer Grow Up Or Sleep In sans faire allusion à ses influences relève de l'impossible, voire de l'incompétence, tant ce premier album s'apparente à une compilation des groupes américains les plus jubilatoires apparus ces dernières années. Et là, tel le chat échaudé, le lecteur méfiant imagine déjà une succession de faces B délivrées sans éclat par une formation de seconde zone ayant comme seul mérite d'avoir écouté les disques appropriés. Mais son imagination lui jouera alors un bien vilain tour, car Ghosty a le talent mélodique suffisant pour figurer parmi les premiers rôles, la classe instrumentale nécessaire pour les égaler, et même, parfois, le supplément d'âme pour les surpasser. Dévoilons donc ce générique aux allures de scène des miracles... En ouverture, Wilco orchestre de main de maître la savante progression Jacqueline, dénudée par un a capella velouté, habillée par des guitares amples et redoublées, et sans cesse veillée par la voix volubile et d'une puissance assurée d'Andrew Connor, chanteur-compositeur, qui rappelle celle de John Roderick. La similitude avec The Long Winters devient évidente sur l'enjouée et harangueuse stance Henry Greene. Plus loin, la facilité harmonique de Death Cab For Cutie projette le refrain en apesanteur de l'entraînant (In A Big World) Little Dreams Count. Et tandis que la ballade musclée et taciturne High On Life se conclut par une explosion électrique que Grandaddy vient consteller de notes de synthés enfilées, le rock exaltant et dégingandé Hey! Somebody expulse sans ménagement Pavement de son studio en ruine pour lui désapprendre la lo-fi. Malgré cet étalage de références, Ghosty (originaire de Lawrence, Kansas, comme leurs frères d'arme Minus Story) sait faire preuve d'une versatilité réjouissante, les Américains maniant brillamment un yo-yo lumineux et musical avec cette volonté de surprendre si chère à un groupe qui fait ici figure de modèle permanent : The Flaming Lips. La pop song euphorisante Clouds Solve It,rythmée par un piano rabâché, conclut d'ailleurs l'album en conviant un invité de marque en la personne de... Wayne Coyne. La boucle est bouclée, et le tour, divinement joué.
AnnA Lester
MAGIC RPM  #102

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