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Vodka & Ayahuasca de Gangrene

chronique d'album
On ne pouvait s'attendre à ce que des rappeurs et producteurs aussi expérimentés et indépendants d'esprit que The Alchemist et Oh No embrassent sans ciller la nouvelle donne pachydermique du rap américain. Le premier n'a pas hésité à changer de côte quand l'envie lui a pris, débutant à Los Angeles dans The Whooliganz (avec le fils de l'acteur James Caan) et le collectif culte Soul Assassins (chaperonné par Cypress Hill), recevant l'enseignement du maître Dj Muggs et fréquentant Dilated Peoples, avant de rejoindre New York pour offrir ses services aux géniaux Mobb Deep, et d'entamer une carrière solo à peu près irréprochable.



Le second est aussi talentueux que peut l'être le petit frère de Madlib (nom de baptême : Michael Jackson !), vit pour le rap depuis son premier poil au menton, et a brillamment intégré Stones Throw au début du millénaire, puisant régulièrement son inspiration à des sources étrangères (du rock psychédélique libanais au jazz éthiopien). Ensemble, sous l’alias peu avenant de Gangrene, ils offrent à 2012 son premier grand frisson rap, une attention que 2012 ne leur rendra pas, n'ayant pas de temps médiatique à consacrer à un énième disque de boom bap. Dommage, car Vodka & Ayahuasca possède une forme de perfection rare (on l'écoute d'une traite en secouant la tête) et, sans rechercher l'originalité (l'évidente tradition Stones Throw, volontiers psychédélique), contient un nombre considérable d'instrumentaux jubilatoires au groove vicieux, et de punchlines cinglantes. Une exigence dans l'efficacité (et inversement) que ce branleur de Rick Ross ferait bien d'imiter s'il ne veut pas gicler prématurément du trône.
Michaël Patin
MAGIC RPM  #159

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