Ne croyez surtout pas ce que vous pouvez lire dans les médias, ces organes de manipulation de l'opinion, obéissant peureusement à des instances supérieures. Le nouvel album d'un certain David Bowie ne s'intitule pas Reality. D'ailleurs, il n'est même pas l'oeuvre du dénommé Bowie. Mais celle d'un duo londonien au nom américain (vous avez dit schizophrénie ?), Fort Lauderdale, et dont le titre, Pretty Monster, annonce assez bien la couleur. Successeur d'un Time Is Of The Essence essentiellement aérien et instrumental, le nouvel Lp imaginé par Steve Webster et Toby Jenkins est un disque en rupture complète avec leur récent passé, un travail ambitieux et rutilant d'orfèvres frappés par une folie des grandeurs (composition, arrangements) que seuls s'autorisent ceux persuadés de leurs talents. Et des talents, les deux compères en ont plus qu'il n'en faut. Prêts à jongler avec le temps, signant un tiercé gagnant de ballades (dans l'ordre, Prey To The Stars, My Vacant Mind et May The Scene Last A Thousand Years), après lesquelles court le Bowie susmentionné depuis Hunky Dory, ils offrent une oeuvre baroque, aussi passionnée que passionnante, télescopages d'époques et d'instruments (la flûte traversière qui parcourt l'échine de Hello It's Me) qui finissent par s'épouser dans une orgie voluptueuse. Au gré de leur pérégrination, ils réussissent un lifting parfait du glam rock (le titre Rock'N'Roll n'a sans doute pas été choisi au hasard), ressuscitent Marc Bolan As A Boy et s'imaginent au Boston Tea Party, jammant avec le Velvet Underground du troisième album (Out Of The Ether). Gargantuesque dans ses appétences, anachronique dans certains de ses partis pris mais résolument étourdissant dans sa réalisation, Pretty Monster ne demande en fait qu'à être apprivoisé. Dont acte.