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Avec la cohorte des jeunes auteurs, compositeurs et interprètes qui gonflent les rangs de la chanson française depuis au moins dix ans, on s’est résigné à voir défiler ces types filiformes au look de gendre idéal, dont les textes archiconvenus érigent les lieux communs en poésie du quotidien sous un regard mollement ironique. On ne citera personne pour ne pas alimenter de débats stériles. Fort heureusement, Florent Marchet est, dès son apparition avec Gargilesse (2004), sorti du lot par une exigence de la composition stylisée en mille-feuille pop. Avec une nette préférence pour le regard franc et amical plutôt que le profil bas et les sourires crispés. Cette absence de complexes fait plaisir à entendre parce qu’elle s’appuie sur une démarche hautement personnelle et donc sincère. Les clivages entre anciens et modernes, entre fils à papa et artisans téméraires, entre home studio et envie de grandeur, le jeune trentenaire les envoie gentiment valdinguer et semble tout assumer. Sur Courchevel, on peut donc aimer les tubes radiophoniques d’Alain Souchon et de Julien Clerc tout en se frottant au lyrisme de Dominique A et à la tension de Miossec.

La production est au diapason de cette ambition mesurée : chaque piste empruntée ici se déploie dans une suite d’arrangements brillants et enlevés (cordes, chœurs, cuivres et claviers vintage), sans jamais faire de l’ombre aux propos intimistes de son auteur. Qui regarde moins son nombril que le miroir d’une génération floue, tiraillée entre la peur de grandir et la nécessité de partir. Émergent alors des souvenirs d’enfance où réapparaissent les rapports de classe frustrants (Courchevel), l’hypocrisie familiale (La Famille Kinder) et les secrets toxiques (Pourquoi Êtes-Vous Si Triste ?). Et c’est encore plus remuant quand l’amour entre en jeu. Sur le magnifique L’Eau De Rose, la vie de couple tourne à l’insatisfaction chronique avant de retrouver toute sa puissance attractive sur un refrain en forme d’épiphanie. Sans oublier Roissy, duo vibrant avec Jane Birkin qui tourne au dialogue de sourds. Si La Charette et Narbonne Plage traînent un peu la patte en comparaison, l’instrumental échevelé Hors Piste, en hommage bien senti aux bandes originales de François de Roubaix et Michel Colombier, retrouve toutes ses belles couleurs. Le très épuré Qui Je Suis vient clore ce troisième album doux-amer en questionnant la place qu’on occupe quand on laisse passer le train des conventions sociales : “Pas d’adversaires, de concurrents, de plans de carrière, de liens du sang Un vrai outsider on vous dit.

> Écoutez Courchevel en intégralité.
> Regardez le clip de Benjamin.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #147

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