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Ce n’est pas demain la veille que Carla Bozulich évangélisera les foules encore rétives à ses prêches gothico-soniques. Certes, on n’attendait pas non plus du label Constellation un changement de cap radical dans sa ligne de conduite politique avec cette nouvelle recrue. Car chez les Canadiens, la musique est un engagement qui vient des tripes plus qu’une partie de plaisir. Evangelista nous renvoie donc à une forme carbonisée de blues et de no wave, reflets brisés d’un intérieur passionné comme d’une époque troublée. Il y a d’ailleurs dans Hello Voyagerune parenté évidente avec l’icône trash Lydia Lunch, provocatrice de premier plan, musicienne féministe et artiste de la survie.

Ces histoires d’envoûtements, ces déchirements indémêlables entre l’amour et la haine constituaient déjà la trame de The Geraldine Fibbers, précédent groupe de la dame émergé au milieu des années 90 qui jetait violemment une vieille country sur le bûcher d’un rock tordu. Si Carla Bozulich officie sous un pseudonyme qui se confond désormais avec le titre de son précédent opus sorti en 2006, c’est qu’elle est moins seule face à ses samples bruitistes vaguement inquiétants et c’est tant mieux. Accompagnée par ses amis fidèles de Thee Silver Mt. Zion, Carla peut aisément laisser libre cours à ses penchants les plus inavouables tout en parvenant à un langage plus articulé. Cette redistribution des rôles et des genres crée un équilibre nouveau qui fait l’effet tantôt d’un sortilège (les perles bluesy comme Lucky Lucky Luck ou The Blue Room), tantôt d’un exorcisme (les paroxystiques Winds Of St.Anne et Smooth Jazz). Porte ouverte sur un univers brisé entre rêve et cauchemar, Hello Voyagers’offre comme un beau mais douloureux voyage.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #118

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