En kiosque actuellement Commander

A lire

Mars Is Heaven de Ela Orleans

chronique d'album
En seulement un LP (Lost, 2009), une cassette (NEO PI-R, 2011) et un album partagé avec Dirty Beaches (Double Feature, 2011), la musique d'Ela Orleans nous est devenue familière et aussi entêtante que la nostalgie à laquelle sa voix appelle sans cesse, elle s'est aussi considérablement enrichie. L'épure est toujours de rigueur dans les compositions de l'artiste itinérante récemment installée à Londres, mais ceux qui reprochaient à Lost de décliner la même formule sans se soucier de la qualité sonore de ses chansons ont pu revoir leur jugement, la production de ce dernier disque sied comme jamais au propos son auteur. Celle qui semblait, en cinéphile passionnée, avoir destiné sa création musicale au règne de l'illusion et nous faisait comparer son premier album à L'Invention De Morel (1940), le chef-d’œuvre d'Aldolpho Bioy Casares, installe le drame au cœur d'une autre nouvelle à fort potentiel cinématographique : Mars Is Heaven! (1948) de Ray Bradbury.

ELA ORLEANS - Black and white flight

La voix et les instruments donnent toujours cette impression étrange et fantomatique en jouant sur les effets d'éloignement et de proximité comme si la musique, telle un chant de sirène, reprenait la trame narrative de la nouvelle en substituant au réel un rêve pernicieux (comme en témoigne la sublime Take My Hand). Après l'introductif voyage dans l'espace et le temps nommé Black And White Flight, on retrouve avec plaisir les mêmes figures spectrales qui illuminaient le beau ciel crépusculaire de Lost : Glenda Collins sur Planet Mars, Angelo Badalamenti sur Mars Is Heaven Part. 2, et Linda Scott sur l'aliénante Wonderful Us. Mars Is Heaven est une raison de plus de rencontrer l’œuvre fascinante d'une chanteuse qui donne encore davantage à imaginer qu'à écouter. Comme dans l’œuvre de Ray Bradbury, il s'agit d'un voyage dont on ne revient pas indemne.
Xavier Mazure
MAGIC RPM  #158

Les 20 derniers articles ( Chronique d'album )