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Dreams Say, View, Create, Shadow Leads de Dustin Wong

chronique d'album

Tout comme le split de Ponytail n'a fait couler que trop peu d'encre l'année passée, le nouvel album solo de leur guitariste Dustin Wong pâtit d'un buzz bien pâle. C'est pourtant des lauriers par fournées qu'il mériterait : quatrième LP solo mais deuxième d'une maturité artistique qui avait magnifiquement éclos avec Infinite Love (2010), Dreams Say, View, Create, Shadow Leads a tout d'une transformation d'essai glorieuse. Le concept d'Infinite Love prévoyait l'œuvre comme une pièce à part entière (via l'usage des pistes non-titrées pour renforcer l'homogénéité de l'ensemble), une petite heure de musique aux variations subtiles (il en avait même produit deux versions quasi-similaires). Celui-ci remonte aux fondements de sa musique. Enregistrant dans des conditions proche du live, Dustin capte à la racine son processus créatif : comment, grâce à un agencement savant de pédales d'effets-son “usine textile”, comme il les qualifie lui-même, il tisse soigneusement, à grands coups de boucles, les cadres de ses compositions pour les développer à l'infini, en poussant chaque idée à son aboutissement. 




Le résultat, un peu plus d'une quinzaine de vignettes instrumentales titrées individuellement, surmonte parfaitement la lourdeur qui guettait un tel projet, à savoir la sensation pour l'auditeur de ne se trouver qu'en présence d'esquisses rapides ou d'exercices de style. Au contraire, au fil des pistes, on ressent surtout l'immense plaisir de Dustin Wong à pousser les limites de son instrument, à dévoiler les moindres possibilités de son jeu de guitare ; on se passionne pour sa façon à s'enflammer soudain vers des altitudes lyriques, de la manière la plus pop qui soit et avec trois fois rien. L'immense Pink Diamond, par exemple, ne débute qu'avec un rythme simplissime parsemé d'écho, comme un Durutti Column matheux, sur lequel un gimmick débordant d'énergie se pose l'air de rien, avant que les boucles diverses ne cessent de se greffer à l'ensemble jusqu'à l'explosion salvatrice. Le tout, bouillonnant d'idées ravageuses (les lignes graves de la fin de Purple Slipped Right ou de Sprinkle Wet Toe), reste malgré tout stylistiquement très proche de son prédécesseur : on y retrouve la même poésie, la même vie, la même sincérité. Ni tout à fait le même ni tout à fait un autre, ce disque est décidément toujours aussi étrange et pénétrant.

Victor Thimonier
MAGIC RPM  #159

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