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Young At Love And Life EP de Dominant Legs

chronique d'album
Ryan Lynch a le charisme de ces figures naïves qui, sous le pinceau d'un brillant ignorant des canons, paraissent biscornues mais belles malgré tout, car aux normes esthétiques millénaires se substituent celles plus sincères du cœur. Il suffit de l'avoir vu sur scène (où il officie le plus souvent en tant que guitariste de Girls) ou sur n'importe quelle photographie pour s'en persuader : sa bouche est trop grande, son nez pataud, sa figure avance étrangement vers l'avant, son corps est petit et légèrement trop large, mais son regard est doux et son port est fier et altier. Sa voix est exactement à son image : claire mais à peine chevrotante, pleine de prestance et semblable à nulle autre pareille.

C'est muni de tels atouts que Ryan Lynch a sorti le premier EP de Dominant Legs, le duo qu'il partage avec la divine Hannah Hunt. Quatre chansons fraîches et magnifiques qui ne dépassent pas le quart d'heure, édités qu'elles sont par le label Lefse Records. Comme bon nombre de formations d'aujourd'hui, ce sont les années 80 que leur pop évoque, mais sous une telle lumière que l'intention ne peut paraître qu'inédite et louable : on parle ici de toute la flamboyance funky d'Orange Juice ou Aztec Camera. Dès les premiers accords du premier morceau, Young At Love And Life, malgré le son qui rappelle les groupes sus-mentionnés, c'est avant tout le funk redoutable d'un Chic qu'évoque cette guitare si parfaitement sautillante. Les claviers ravissants qui débarquent, couplés à la basse et aux choeurs d'Hannah Hunt, annoncent la couleur : comme leurs amis Girls et leur tube Lust For Life, ces deux-là célébreront la jeunesse de la plus belle manière depuis Hand In Glove de The Smiths (au moins).

Cette lumière se poursuit plus tranquillement avec les bongos toujours sautillants de Clawing Out At The Wall, où le timbre si fier de Ryan Lynch confère au morceau toute sa puissance émotionnelle. About My Girls est de la même trempe, la chanson est impeccable : comme sur Young At Love And Life, le rythme est ravageur, la guitare secoue les bassins, les harmonies sublimes et le clavier splendide, la fausse flûte de la fin émeut aux larmes. L'EP se conclut avec le probable meilleur morceau des quatre, Run Like Hell For Leather : sur une rythmique mêlant bongos et boîte à rythme se déploie une guitare sèche délicate, dans une alchimie fragile rappelant les Suédois trop méconnus The Honeydrips, qui allient aussi rythmes légèrement tropicaux et guitares feltiennes.

Ce maxi inaugural serait parfait s'il ne décevait pas légèrement une fois mis en perspective. Repéré par divers blogs à la fin de l'année dernière, le tout jeune groupe ne possédait alors qu'une poignée de démos encore imparfaites. Ce sont donc là les premiers enregistrements studio de Dominant Legs, qui restent fidèles à leurs idées de base, mais en se parant de partis pris parfois frustrants. Sur About My Girls par exemple, on regrette l'accumulation des chœurs, qui noient le clavier et nuisent à l'immédiateté d'un titre qui était l'un des meilleurs de la démo. Une production plus concise (celle d'un Rusty Santos, par exemple) aurait peut-être vraiment parachevé la courte œuvre. Mais ce bémol ne gâche en aucun cas l'excellence de l'ensemble, d'une beauté naïve et d'une classe innée, à l'image de son compositeur.



Victor Thimonier

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