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This Silence Kills de Dillon

chronique d'album
Pour le label berlinois Bpitch Control, l'arrivée de Dominique Dillon de Byington, alias Dillon, a dû être comme une sorte de providence, bien loin de l'artillerie lourde de la house minimale signée Kalkbrenner, Kiki ou Modeselektor. Fraîche et délicate, la charmante Brésilienne avait déjà fait une première halte à son arrivée en Europe à Cologne, où elle s'est illustrée dans quelques vidéos faites maison, autour de ses propres compositions travaillées à la guitare. Elle monte sur scène pour la première fois en 2007, armée de son instrument et de quelques chansons tout juste écrites, encore à l'état brut. Sa voix enfantine, légèrement éraillée et à l'imperfection touchante, rappelle certes une célèbre consœur islandaise, mais la comparaison s'arrête là, d'autant qu'il n'y a rien d'enfantin dans ses textes. Si Dillon a réussi à enchanter l'audience des festivals Melt! près de Berlin ou Tocotronic, c'est surtout avec ses morceaux épurés, poétiques, drôles, mélancoliques. Un univers, comme on dit vulgairement de nos jours. Repérée par DJ Koze, Dillon sort un single en digital sur le label Kitty-Yo, participe à un titre du collectif pop techno de Cologne sur une compilation Bpitch Control et révèle le charmant Ludwig sur Combination Records.

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Mais This Silence Kills marque les débuts sur long format. Inspiré de la poésie de son quotidien à Berlin, entre l'architecture des stations de métro, des histoires de brosse à dents délaissées, un jeune homme répondant au nom d'Alexander, ou ses jambes qui se transforment en spaghetti lorsqu'elle a des sentiments, Dillon trace une cartographie émotionnelle d'une jeune fille de vingt-trois ans dans une grande ville. Sans artifice et avec simplicité. On y trouve des instruments (guitare, flûte, harpe, quelques discrètes cordes), presque pas de rythmique – excepté sur le dernier titre, Abrupt Clarity, seule incursion de boîte à rythme de tout l'album, un comble pour Bpitch Control, label au tracé totalement électronique – et sa voix, entre éclaircie et grisaille. Epaulée à la production par Thies Mynther (Phantom/Ghost) et Tamer Fahri Özgönenc (membre du groupe post-krautrock MIT), elle s'est isolée avec eux dans un studio dans une autre ville inspirante allemande, Hambourg, où ils ont travaillé tout l'hiver dernier, tentant de ne pas perdre le fil de l'état brut de ses compositions. Un périple difficile mais réussi, car Dillon touche à vif, avec cœur et grâce.
Thomas Schwoerer
MAGIC RPM  #158

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