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Searching For The Young Soul Rebels de Dexy's Midnight Runners

chronique d'album
 Pour fêter le trentième anniversaire de sa sortie originelle, nouvelle réédition pour le premier album magnifiquement soul et vindicatif du groupe mené par le despotique Kevin Rowland.



Un vrai cœur de docker. Et un gros comme ça, qui plus est. C’est ce que prétend avoir Kevin Rowland, gueule légèrement abîmée et despote éclairé, alors qu’à Birmingham, les années 70 touchent à leur fin et que le punk semble bien loin. Secondé par un guitariste taciturne et du genre surdoué, avec lequel il partage un prénom, Kevin Archer, l’homme échafaude en 1978 de nouveaux plans (B), façonne l’image d’un nouveau groupe qu’il fantasme en gang. Après avoir fait ses classes ensemble au sein de The Killjoys (entre autres projets sans vraiment de lendemain), le tandem ne veut plus surfer sur la nouvelle vague et le chanteur réinvente ce look de docker chic, qui doit beaucoup au jeune Robert De Niro – on pense entre autres à quelques scène de Mean Streets (1973). Il recrute surtout plusieurs musiciens (dont une section de cuivres rutilante), dans le seul but de servir sa vision – la plupart des membres de cette première incarnation osent même les comparaisons avec la discipline militaire… Concerts donnés à l’arrache ou dans la rue, une maquette enregistrée dans l’urgence, reprises de classiques sixties de musique noire, originaux qui sonnent d’ailleurs comme des classiques : les Dexys Midnight Runners partent à l’assaut de la scène musicale comme des morts de faim, n’hésitent pas à jouer des poings et en marquent surtout beaucoup, impressionnant jusqu’aux incrédules. Au même moment, la Grande-Bretagne passe en mod revival, The Jam se métamorphose en groupe le plus important de sa génération et le ska trouve un second souffle. Mais, tel un général imbu de lui-même (à juste titre…), Kevin Rowland n’entend pas sombrer dans la facilité. Il refuse une offre du très hip label 2-Tone et à l’été 1979, s’acoquine avec le très controversé manager de The Clash (et du Subway Set), Bernard Rhodes : “Le fait que tout le monde semblait lui vouer une haine profonde nous a plu… Quand quelqu’un est à ce point détesté, c’est qu’il doit avoir quelque chose d’intéressant”.



Ce genre de décisions aide bien sûr à bâtir la légende du groupe et de son leader, qui revisitent la soul à grands coups d’embardées cuivrées et d’orgue enragé. Clins d’œil appuyés (Dance Stance, premier single de 1979), hommages acharnés (à l’instar de Geno, ode au chanteur américain Geno Washington et deuxième 45 tours victorieux) sont les signes annonciateurs d’un grand album inaugural, réalisé à l’été 1980. Dès son titre en guise de manifeste, Searching For The Young Soul Rebels met les points sur les “i” de mélodies gorgées d’arrogance assumée et de ferveur transcendée. Menés par l’un des plus grands interprètes de sa génération – et bien plus si affinité –, les Dexys jouent en rangs serrés, reprennent le génial Seven Days Too Long de Chuck Wood, inventent un instrumental passionné (The Teams That Meet In Caffs), et partent en balade le long de quais forcément mal famés (I’m Just Looking). Dance Stance rebaptisé Burn It Down ouvre avec aplomb un disque où hymnes destinés aux dancefloors tout en bois des casinos northern soul (Tell me When My Light Turns Green ; There, There My Dear) provoquent frissons et émotions. Et le groupe de jouir pleinement de cette première vie – succès public et critique, sommet des charts et tout le toutim –, sans se douter que son mentor, hanté par le perpétuel besoin de se remettre en question, échafaude déjà une révolution. Mais qu’importe. Trente ans après sa sortie – et complété par un second Cd où se côtoient sessions radios, inédits, covers et singles d’époque –, cet album reste un merveilleux voyage initiatique, une œuvre fière et fiévreuse, un uppercut mélodique qui laisse KO debout. Mais comme vient nous le rappeler par citation interposée l’auteur des notes de pochette de cette réédition, personne n’a su mieux que l’important Kevin Pearce retranscrire, dans son séminal fascicule Something Beginning With O (1993), l’ampleur de Searching For The Young Soul Rebels, “disque le plus fermement personnel, vital, puissant jamais réalisé. Aucun autre ne s’en approche. On y trouve tout ce qui rend la vie si remarquable : émotion, expérience, sagesse, et le reste… On y trouve tout ce qui rend l’art si remarquable : créativité, caractère, substance, âme, mystère, glamour, et le reste…”.


Christophe Basterra

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