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On a toujours mis ce groupe au succès incompréhensible et au patronyme ridicule au ban de notre palmarès. Comparé à Built To Spill, Pedro The Lion ou même Bedhead, homologues importants dont on sentait l’influence en filigrane, Death Cab For Cutie proposait toujours une version grand public, aseptisée, fade, sans la flamme intime, ni la moindre distance. Et pourtant, à notre tour, nous succombons aujourd’hui à cette fadeur, non sans honte, ni facilité. Peut-être parce qu’un single de huit minutes, I Will Possess Your Heart, a effectué son travail de sape au préalable, faisant tomber toutes nos appréhensions. Ou comment une chanson s’est littéralement emparée de nous, dans tous les sens du terme. Une ligne de basse imparable, dans l’axe Joy Division/U2, étirée sur de longues minutes pour mieux vous posséder, puis cette supplication obstinée, quasiment psychopathe, d’un type à la fille dont il est amoureux, une rengaine à la fois douce et préoccupante, faisant un gros doigt à notre propre cynisme à la centième écoute consécutive. Il faut aussi renoncer à se moquer de la voix haut perchée de Ben Gibbard, qui rappelle au pire Brian Molko (un gros mot), pour mieux s’en accommoder (comme sur l’album de The Postal Service) et en souligner l’humanité touchante. Et rendre définitivement les armes, non sans s’être fait violence, devant la très haute tenue de Narrow Stairs, rouleau compresseur de pop émotionnelle, aussi efficace qu’inventif. Un grand disque de rock américain sensible.

Étienne Greib
MAGIC RPM  #122

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