Depuis quelques années, les disques de Comets On Fire sont des alliés indestructibles quand il est question de rentrer chez soi alors qu'il n'en est pas question, quand l'envie de vitesse et de musique bruyante s'est tue partout ailleurs que dans nos cerveaux chimiquement assistés (ou non). Le premier, paru chez Alternative Tentacles, était brouillon et rugissant, le second, disponible chez Ba Da Bing!, d'un psychédélisme maugréant mais imparable. Aujourd'hui, ce Blue Cathedral, publié pour le compte de Sub Pop, assoit la formidable supériorité de cette formation sur la production contemporaine. Ce groupe est le plus stoogien dans l'énergie fondamentale qu'il dégage, dans sa conception du chaos, son jusqu'au-boutisme sonique qui tire vers le free jazz avec la même inconscience divine qu'au temps de Funhouse. Mais Comets On Fire reste avant tout un pantagruélique groupe psychédélique moderne, comme si Spacemen 3 avait trouvé son inspiration chez Black Sabbath, MC5 et Blue Cheer plutôt que chez le Velvet Underground et 13th Floor Elevators. Alors que les combos stoner rock s'en tiennent à un vocabulaire buté quoique plaisant, Comets On Fire élargit considérablement ce fascinant horizon de metal et de feu en y incorporant quelques éléments purement californiens, allant de l'acid rock au folk rock. La présence du génial Ben Chasny (Six Organs Of Admittance) - un homme que Devandra Banhart prend rien moins que pour Dieu - n'y est sûrement pas étrangère. C'est d'ailleurs en sa compagnie que Comets On Fire commet son meilleur album, indispensable, bruyant au-delà du raisonnable et fourmillant de trouvailles sonores plus percutantes les unes que les autres.