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À l’heure où les maladies occupent le
devant de la scène, a-t-on envie d’écouter un album qui s’intitule IRM (imagerie par résonance magnétique) s’il
n’est signé ni du groupe de body music belge Klinik, ni par Matmos qui aime
utiliser du matériel chirurgical pour en tirer de la musique (A Chance To Cut Is A Chance To Cure, 2001) ? La question souligne qu’en
dépit du succès rencontré par son tardif deuxième Lp, 5:55 (2006), Charlotte Gainsbourg n’a pas choisi de jouer sur du
velours. Après s’être mutilée les parties sexuelles avec un ciseau rouillé dans
Antichrist (2009) de Lars von Trier,
elle signe un album qu’on découvre avec une curiosité tout aussi morbide, comme
l’envie qu’on a de défaire un pansement pour constater les progrès d’une
infection.
Au dehors cependant, tout reste élégant. Producteur de l’ensemble,
Beck (celui des bons jours) utilise ces arrangements de cordes dans la lignée
directe de ceux agencés par Jean-Claude Vannier pour Histoire De Melody Nelson (1971) de Serge Gainsbourg, qui lui
trottaient déjà dans la tête à l’époque de son dépressif Sea Change (2002). Il se souvient aussi à bon escient de Gainsbourg Percussions (1964), mais les
beats se rapportent ici plutôt à des pulsations cardiaques (Me And Jane Doe) ou à des tambours de
guerre (Master’s Hands). Car au-dedans,
c’est bien le chaos et le désarroi. S’il fallait une fois encore ramener
l’œuvre de la fille à celle de son père, IRM
aurait pu s’intituler Vu De L’Intérieur
sans qu’on y voit-là un clin d’œil déplacé.
Mi-plaisant, mi-sérieux, IRM inquiète autant qu’il charme. Son
interprète distille cette impression tenace et ambivalente avec une certaine
intensité, mais toujours sans forcer. Loin de la convalescence, elle se meut
dans ce jusant de névrose et de morbidité, et reste bien trop secrète pour nous
aider à les identifier clairement. À défaut, on multiplie les écoutes. Rompre
maintenant signifierait que son souvenir continuerait à nous torturer. On reste
donc pénétré du sentiment insensé que ce ne peut être qu’à force de s’y
enfoncer, de le percer comme une vrille, qu’on finira par passer à travers lui
et par se retrouver de l’autre côté, à l’air libre. Ce n’est pas une sinécure,
mais ça devrait contribuer à la notoriété du disque.
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